Culture
dimanche octobre 21, 2018
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Qui osera te regarder Kiwanja ?

Qui osera te demander de raconter Kiwanja ?

Ton corps gît au milieux de la désolation,

De la puanteur des chairs dont même les charognards refusent de faire un festin.

Ton sang creuse des sillons, s'enfonce dans la terre qui déjà repue de millions de morts le rejette à la face du monde,

Afin que lui aussi s'en abreuve et goute le fruit amer de ta douleur.

Qui osera te regarder Kiwanja ?

Qui osera te demander de raconter Kiwanja ?

Tes yeux à jamais fixés dans la stupéfaction de la mort désignent l'assassin, qui s'en est venu au petit matin, armé de machettes et de fusils pour en finir avec la vie.

Il riait fort, il disait : ''Allez ! Poignardez, coupez, violez !''

Les cris des hommes et des femmes qui attendaient le trépas n'étaient que murmures

Et même les enfants s'étaient tus.

Tout le monde écoutait le silence du concert macabre terrés

Et se serrant les uns aux autres pour disparaître

Dans les minuscules pièces aux murs vides travaillés par la misère.

Les larmes qui tablaient sur leur secret afin de conserver un peu de vie,

Déchiraient, disloquaient les poitrines qui allaient bientôt sentir la tiédeur des lames saoulées d'existences .

Les ténèbres t'ont prise pour femme Kiwanja,

Le temps de te déchiqueter à l'envi Kiwanja.

Ton corps exposé aux yeux qui fuient,

Dont on a bafoué la pudeur encore fumante de création semblait demander ahuri :

Est-ce donc ça la vie ?

Je te regarde Kiwanja. Je te demande de raconter Kiwanja.