Culture
samedi octobre 24, 2020
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La grande Salle de fête de l’Ambassade de la RDC à Bruxelles a connu une ambiance plus que feutrée avec la tenue de la première édition de «Congosquare». C’était le mercredi 11 octobre courant en présence de près d’une centaine d’invités enthousiastes les uns que les autres. Ce concept création de Carrefour Congo Culture que dirige de main de maître notre confrère Eddie Tambwe Kitenge a pour vocation de rendre un hommage plus qu’appuyé et mérité aux artistes bien de chez nous d’hier comme ceux d’aujourd’hui pour leur immense talent et la renommée qu’ils sont suscités.

 

 

Le premier sur cette liste d’hommage qui s’allongera avec le temps fut Jean-Bosco Mwenda wa Bayeke, natif de la province du Katanga en RDC. Ce grand et immense guitariste méconnu de la jeune génération des artistes musiciens congolais d’aujourd’hui reste pourtant un grand dans son domaine pour avoir inspiré tans d’autres depuis les années 1950 jusqu’à mort tragique dans un accident de voiture en 1982. Son talent aura marqué toute une grande partie des instrumentalistes guitaristes d’hier et comme ceux d’aujourd’hui à travers son Congo natal et voir le monde entier. Il faut le reconnaître que l’œuvre artistique exceptionnelle de Jean-Bosco Mwenda wa Bayeke est internationalement reconnue. Raison même de l’hommage solennel qui lui a été rendu le mercredi 12 octobre 2011 au cours du récital musical entrecoupé des divers intermèdes sur fond de notes d’histoire et de témoignages poignants les uns que les autres sous la direction d’Eddie Tambwe.

 

C’est guitare à la main qu’autour du talentueux et prometteur artiste musicien Dominique Kakolobango que des invités divers ont témoigné sur Mwende wa Bayeke. Le grand Dizzy Mandjeku, Alonzo, Jenjou Kawende et Dany Kasongo ont rendu un pan du vécu de guitariste de renom. Entrecoupés des morceaux musicaux en acoustique qui l’ont accompagné, cette soirée d’hommage a été plus qu’un must musical pour les amateurs avertis et autres mélomanes.

 

Prenant à son tour la parole lors de cette soirée, l’Ambassadeur Henry Mova Sakanyi n’a pas manqué de rappeler à l’auditoire cette soif de vouloir aiguiller la nouvelle génération des musiciens africains en général et congolais en particulier en allant puiser aux sources des maîtres pour exhumer notre passé…(musical bien sûr)…car, disait-il; au rendez-vous du donner et du recevoir, il faut essayer d’exhumer le meilleurs de nos souvenirs pour trouver la force d’aller dans l’avenir…Car, il faut se rapproprier les talents de nos anciens et les enrichir à la sauce moderne pour créer les nouvelles sonorités de demain dans la droite ligne de notre propre histoire culturelle. Poursuivant dans son mot, il n’a pas manqué de faire remarquer cette ambiance musicale de la soirée et du lieu d’accueil choisi dans au sein de la chancellerie congolaise qui rappelle celle du Style Cotton Jazz de l’époque New-Orléanaise où la culture musicale noire battait son plein.

 

L’hommage à Mwenda wa Bayeke fut introduite par une première interprétation d’une de ses chansons en swahili parlant de Bibi, cette femme qui est partie et qui n’a jamais donner de ses nouvelles…Guitariste de talent mais aussi compositeur, Jean-Bosco Mwenda wa Bayeke qui a travaillé à côté de son cousin Edouard Masengo aura joué un rôle d’éducateur et d’historien au travers de ses chansons. Ce que confirmera Dizzy Mandjeku, l’un de deux survivants du Grand Maquisards et ancien de l’OK Jazz du Grand Maître Franco Luambo Makiadi. Car, pour lui, Jean-Bosco Mwenda fut l’inspirateur de sa propre initiation à la guitare dans les années 1964 avec le style fingers piking (jouer avec ses doits). Faisant partie de L’école de Lubumbashi d’inspiration anglo-saxonne par sa proximité avec les deux Rhodésie du Nord et du Sud (actuel Zambie et Zimbabwe) et l’Afrique du Sud, Jean-Bosco Mwenda wa Bayeke aura été le maître d’inspiration de beaucoup d’autres guitaristes comme Tino Baroza, Nedule Papa Noël, Léon Bukasa, qui faisaient partie de l’école Kinoise à Léopoldville.

 

D’autres témoins. Cette rencontre musicale à l’atmosphère funky-jazz a été l’occasion pour des artistes d’aujourd’hui comme Dominique Kakolobango d’interpréter les classiques de son maître et monument de la guitare. Elle a également connu d’autres témoins directs ou indirects dont l’artiste Pambu Kita-Phambu originaire du Bas-Congo mais aussi grand connaisseur de Mwenda et son œuvre. Issus des divers domaines, ils ont décrit à leur manière l’homme Mwenda dans tout son univers : social, musical…sans oublier les diverses facettes de l’artiste. Le tout en interactivité avec un public intéressé et sous le charme. Ainsi, l’écrivain Antoine Tshitungu Kongolo, le cinéaste Balufu, les musiciens Dany Kabongo et Phambu auront aussi témoigné sur jean-Bosco Mwenda wa Bayeke.

 

Leurs différentes rencontres avec l’artiste Mwenda se serait faite de diverses manières : le vécu dans un même quartier, l’écoute de ses chansons et le fait d’être originaire de la même province du Katanga. De l’univers musical de Mwenda teinté de célébration à la malédiction du citadin condamné à vivre seul dans les cités minières en passant le thème de la boisson par Tshitungu, il a été rappelé ce fameux Kalundula, cet instrument fait d’une lanière de cuir au son exceptionnel dont l’ambassadeur Henri Mova a fait réalisé un enregistrement qui sera bientôt disponible. Le cinéaste Balufu insistera sur cet imaginaire sans laquelle on ne peut déterminer sa position vis-à-vis de soi même et au monde qu’on retrouvait chez Mwenda et qui devra être le leitmotiv de tous congolais d’aujourd’hui.

 

Dieudonné Kabongo Bashila, un absent de marque pourtant. La soirée d’hommage à Jean-Bosco Mwenda wa Bayeke a failli devenir celle de l’absent de marque dont tout le monde parlait et qu’on ne reverra plus jamais. Et pour cause, sa mort brutale au soir du 11 octobre 2011. Pourtant, il aurait été présent le 12 octobre à la soirée Congosquare de l’Ambassade de la RDC pour l’hommage à son aîné Mwenda qu’il avait connu au temps de sa jeuneuse dans leur Katanga natal. Dieudonné Kabongo Bashila, brillant et colosse comédien congolais s’en est allé à la manière des Grands de ce que fut son métier. Il a tiré sa révérence au monde des vivants un soir et en pleine représentation sur la scène du Centre Culturel de Jette. Bourré d’un talent inouï et de tous les combats pour le triomphe de la culture congolaise, Dieudonné Kabongo fut un débonnaire toujours souriant et très respectueux pour tous ; petits comme grands.

 

Parlant de cette dure épreuve, l’ambassadeur Henri Mova a rappelé que cette disparition de Dieudonné Kabongo intervient un jour près après celle de feu Franco Luambo Makiadi le 12 octobre 1989 dans le même pays La Belgique. Ce sur quoi témoignera Dizzy Mandjeku sur l’hospitalité légendaire de Dieudonné Kabongo qui lui offrira son lit pour une nuit au lendemain de la mort de Luambo alors que l’orchestre OK Jazz était en débandade à Bruxelles. Pourtant, Dieudonné Kabongo et Dizzy Mandjeku ne se connaissaient ni d’Adam ni d’Ève en dehors de cette rencontre dans une rue de la capitale belge. Comme quoi, il existe de ces rencontres qui changent toute une vie. Très ému et la gorge serré avant une minute de silence, l’ambassadeur de la RDC à Bruxelles soulignait le rôle joué par ce digne fils du Congo, un immense talent et une personnalité d’exception parti très tôt et si brutalement. Divers autres témoignages ont salué les qualités de l’illustre disparu et ont fait que l’hommage à la guitare magique de Mwenda s’est mué en double hommage au talent inénarrable de Dieudonné Kabongo Bashila.

S’adressant à la famille de celui qui nous a quitté, un journaliste congolais de Belgique; Bruno Kasonga Ndunga Mule a trouvé des mots justes pour lui dire adieu : «Dans cette épreuve brutale et dure, En ce moment où nulle chose terrestre ne peut soulager votre douleur et celle de vos enfants, Acceptez que la profondeur et la douceur des mots qui traduisent nos pensées intimes vis-à-vis de votre famille puissent être une marque de consolation, en sachant que toi et ta famille, n'êtes pas les seuls à souffrir de la disparition du Baobab qu'est Dieudonné Kabongo. Nos hommages et nos prières accompagnent le défunt. Oui Dieudonné KABONGO est physiquement parti! Mais, il est devenu immortel et a rejoint tous les autres inoubliables grands noms de ce monde. Oui, aucune gomme, Aucun poids de l'histoire, Aucune intention malveillante, Aucun propos fut-il d'un jaloux ou d'un envieux ne pourra le déguerpir du panthéon, où il est entré depuis ce jour où il s'est affalé sur la scène de Jette. Dieudonné Kabongo a rejoint tous les autres artistes qui l'ont précédé avec tous les honneurs dus à son rang! A toi et à tous les enfants, nos condoléances les plus émues».

 

Certes, Dieudonné Kabongo nous a quitté pour de bon mais Kabongo sera là et pour toujours. Allez, salut L’ARTISTE !