Diaspora
jeudi avril 02, 2020
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Je rencontre récemment un Belge et un américain. En se présentant devant moi,  les deux s'identifient, le premier comme citoyen Belge tandis que le second comme américain. Comme l’exige l’art de la courtoisie,  c’est à  mon tour de décliner mon identité. Et tout en souriant, voire fier de moi, et en les regardant droit dans les yeux, je leur dis,  et voire je réaffirme même, ce qui est une façon pour moi d’insister, que je suis "Congolais", un homme d'Afrique. Et là je m’arrête tout de suite pour éviter de dire « africain », car ce terme souvent prête  à confusion. 

Tout en se regardant, les deux sourient quand ils m’entendent leur affirmer que je suis celui qui pense qu’il est « congolais ». Je veux dire que leur réaction ne  m’a guère surpris dès lors qu’il est de notoriété que seules leurs nations existent et leur identité honorée,  affirmée et voire déifié.  Et ici, je n’écris pas dans l’intention d’en quêter le pourquoi, celui de leur comportement, mais de montrer l’importance que j’attache à ma propre reconnaissance comme celui qui pense qu’il est de son intérêt d’afficher et de souligner son identité congolaise. Et il appartient à moi d’en définir le contour, d’en porter les marques et les caractéristiques qui siéent à l’idée après laquelle je cours dans souci d’être.

Toute ma lutte politique et mon engagement militent en faveur de  mon intériorisation de ma propre identité et celle de  mon appartenance  à la citoyenneté et à la famille « congolaise. ». Désormais, je ne pourrais exister sans en être fier et sans sa revendication. Cette question engage  ma survie comme genre, comme nature, comme espèce et comme peuple.

Et je ne pourrais mener à terme le combat de mon peuple sans que nous affirmions ensemble, et haut et fort,  qui nous sommes et le pourquoi de notre lutte.  Nous, peuples qui  avons toujours habité sur cette terre, n’avons jamais demandé à personne de créer un espace géographique dénommé Congo.  C’est en tant que tel que nos aïeux furent déportés comme esclaves, que leurs descendants furent réduits en esclavage. Que nos parents furent colonisés. C’est par la mort, le massacre, par le sang, c’est par des privations, par la faim, par des insultes que nous nous sommes réalisés comme peuples du Congo. Et ce peuple existe.  Lumumba lui donne un sens dans son « nous » contenu dans son discours du 30 juin 1960.

Je cite : 

« Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des "nègres".

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même.

Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillottes croulantes pour les Noirs »

Le « nous » de Lumumba révèle le tissu d’un peuple, son étoffe et rappelle au monde l’identité congolaise. Le « nous » de Lumumba affirme l’existence d’un peuple dont le sang a racheté son destin, son devenir. Le « nous » de Lumumba assure et la formation et l’entretien d’une mémoire collective nationale. Et toute notre lutte n’aurait de sens, n’a de sens que dans notre affirmation comme peuple congolais, comme un tout. Je veux dire que tout commence par notre identité. L’identité congolaise est le symbole de notre ciment, de notre lutte, de notre devenir en commun comme elle devrait résumer toute notre histoire,  celle que nous allons enseigner et reléguer aux générations à venir.  La mémoire d’un peuple s’entretient par et à travers sa mythologie et ses mythes. Et il est de notre intérêt d’inventer le mythe congolais. C’est ainsi que notre peuple et notre descendance connaitront l’éternité. C’est tout le sens de mon combat.  On ne pourrait sortir du flou actuel que par notre appartenance et noter affirmation comme congolais. Une  identité à ne pas concéder et ce à n’importe quel autre prix. L’identité congolaise est à elle seule tout  un programme et un projet de société et d’avenir.  Ce qui laisse dire que la multitude fait un. Elle devient un et dès lors indivisible.

Tout a un commencement. Le  nôtre débute par notre affirmation. Et notre identité nous sert à la fois d’arme de guerre et de médicament de guérison. Etre congolais me permet d’être situé comme il aide à me réconcilier avec moi-même ou à recouvrer  une âme.  Pour ce faire, je nous invite à donner à ce peuple une langue nationale à côté de toutes les autres. Et lesquelles doivent coexister pour marquer non seulement notre richesse et notre diversité, mais donner à notre rêve tout son sens. Et parmi les quatre langues actuelles, l’une devrait par une volonté politique s’imposer comme une langue nationale. Tandis que les autres se lèveront au statut des langues universitaires et d’enseignement.

 

Pour moi, le temps est venu d’oser l’avenir, de le tenter, de le provoquer et de l’assumer.  Et  les nôtres, le « Nous » et moi, voudront  accomplir notre tâche  avec dignité, fierté et intelligence. N’est-ce pas que le reste est beau comme il sera puissant.

 La  révolution s’invente. Nous devons en être auteur, acteur et exécuteur. Et non spectateur du spectacle d’autrui.

 

Likambo oyo, ezali likambo ya mabele

 

Mufoncol Tshiyoyo

Président du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC. R.A.P-en sigle
Mouvement Politico-militaire, 
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