Diaspora
jeudi novembre 21, 2019
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Les leçons de l’histoire

 

Pour celui qui est accroupi ou prostré, même le nain est un géant. Lorsque nous évoquons la mémoire historique du peuple congolais, il est souvent de bon ton de vilipender ce dernier, vu la situation catastrophique actuelle que traverse la République Démocratique du Congo et la mollesse apparente de nos populations qui accepteraient de vivre dans des conditions inhumaines qui contrastent avec les immenses richesses de notre pays.

 

Détrompons-nous, car c’est bien ce peuple qui s’est levé le dimanche 4 janvier 1959 pour défier le colon belge, avec son sang, et précipiter l’indépendance qui allait être proclamée l’année suivante. Lassé par les années de dictature, de mauvaise gestion, de gabegie et d’incurie, ce même peuple s’est encore levé... un dimanche, 16 février 1992 pour prendre les rênes de son destin à un pouvoir corrompu jusqu’à la moelle. C’est encore au prix de son sang qu’il arracha le droit de se réunir en Conférence nationale souveraine pour dresser le bilan pitoyable d’un pouvoir mauvais, méchant et moribond.

D’aucuns se demandent d’où le peuple congolais, souvent moqué pour sa trop longue patience et son inaction face à l’inacceptable, tire-t-il, souvent de manière soudaine et inattendue, cette hargne dont il a le secret pour balayer même les pouvoirs les plus établis et les plus enracinés. C’est oublier que pour le Congolais, la liberté n’est pas une simple option. C’est une nécessité. Plus, un devoir sacré, héritage que lui ont légué les Pères de l’indépendance par un serment. La bataille pour l’indépendance livrée par nos aïeux est la seule clé de lecture de tout combat que nous avons et que nous aurons à engager pour la liberté. Autrement dit, comme nos devanciers avaient refusé l’esclavage et la colonisation, ainsi, nous aussi, devons rejeter avec la dernière énergie toute forme de domination et d’oppression. Le legs de nos Pères nous dit et nous crie à chaque instant de notre trajectoire historique que le Congolais ne peut véritablement vivre que libre et indépendant. Le seul contexte historique dans lequel le Congolais ne peut donner la pleine mesure de ses talents, de sa créativité et de son savoir-faire c’est la liberté. Tous ceux qui oublient cette constante fondamentale inscrite, que dis-je, gravée dans l’âme du peuple congolais et s’avisent à le dominer et à l’humilier indéfiniment devront tôt ou tard en avoir pour leurs frais.

 

Vers un nouveau paradigme

 

Le monde change et les mentalités évoluent. Plus aucun peuple n’accepte d’être soumis à un pouvoir arbitraire et inamovible. Le pouvoir d’occupation en place à Kinshasa, dirigé par le Rwandais « Joseph Kabila » était tenté de modifier la Constitution pour assurer à son champion de briguer un troisième, voire un quatrième mandat ou tout simplement se fixer au pouvoir pour des siècles et des siècles. Mais le contexte international défavorable à de telles contorsions législatives, et surtout l’alerte venue d’un pays ouest-africain, qui a vu un tyran indéboulonnable depuis 27 ans précipiter bêtement sa chute en empruntant ce chemin, a fini par refroidir certains élans. Il a donc fallu trouver une autre voie, une autre manœuvre, celle de la modification de la Loi électorale, plus soft et donc moins voyante. Malheureusement pour le pouvoir, le peuple a tout vu et a compris la roublardise. Il est descendu dans la rue pendant 3 jours. Le Sénat, qui avait peur d’entériner cette Loi, s’est même rabaissé en prétextant qu’il retardait ses discussions pour cause de Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Heureusement qu’en République Démocratique du Congo le ridicule ne tue pas, autrement les corbillards auraient eu fort à faire! Pour calmer la gronde du peuple, le Sénat a modifié l’alinéa 3 de l’article 8 de cette Loi, tout en gardant celle-ci. Le pouvoir est en passe de réussir son coup. Voilà pourquoi, le peuple congolais doit se lever et descendre à nouveau dans la rue, mais, cette fois-ci, non pas pour réclamer une quelconque abrogation de loi mais pour le départ de « Joseph Kabila » et sa bande.

 

Les raisons d’une colère

 

La lecture biaisée que nous faisons de la situation actuelle que traverse la RDC ne nous aide pas à saisir véritablement les enjeux auxquels nous sommes confrontés. Il y a certes eu des élections en 2006, puis en 2011, mais chacun doit se souvenir que dès janvier 2001 jusqu’aux élections de 2006, « Joseph Kabila » n’avait que la seule légitimité d’avoir répandu le sang de Laurent-Désiré Kabila pour prendre sa place. En 2006 et en 2011, il a successivement volé la victoire à Jean-Pierre Bemba[1] et à Étienne Tshisekedi[2]. Nous devons donc, en tant que peuple souverain, sortir de la logique des élections prévues en 2016. Cette échéance ne nous concerne pas et il faut dès lors secouer le cocotier sur lequel le président actuel est perché jusqu’à sa chute finale.

Et comme si les fraudes électorales n’avaient pas suffi, le pouvoir actuel s’est permis, avec le cynisme et la froideur qui le caractérisent, de provoquer le peuple avec ses manœuvres législatives en tentant de modifier les règles du jeu avant le jeu électoral. Par cette démarche irresponsable, plus de quarante Congolais ont été assassinés par la police et l’armée dans la rue où le peuple est venu exprimer son refus de se voir une énième fois roulé dans la farine par le boulanger de Kingakati. Un acteur politique se doit d’être un responsable, mieux un berger qui est prêt à se battre pour protéger la vie de ses concitoyens au prix de la sienne. Or, « Kabila » préfère sacrifier la vie des Congolais pour se maintenir indûment au pouvoir. Cela est inacceptable. Les autorités congolaises ont perdu toute crédibilité en se jouant de la vie de nos compatriotes tombés à cause de leur goût immodéré du pouvoir.

Parce que les Congolais ont déjà rejeté le régime de « Joseph Kabila », l’esprit du 4 janvier 1959, relayé par le 16 février 1992, doit, à partir d’aujourd’hui, être ravivé dans les rues, les quartiers, les grands artères de Kinshasa et de l’ensemble du pays pour exiger la démission du président « Joseph Kabila », son arrestation et son déferrement devant les instances judiciaires compétentes de notre pays pour haute trahison et autres chefs d’inculpation liés à son identité, à son accession frauduleuse au pouvoir, à sa gestion calamiteuse des affaires de l’État et aux multiples crimes de sang et autres crimes économiques relatifs à l’exercice de son pouvoir.

Attendre les élections de 2016, c’est oublier les tricheries et les jongleries dont ce tyran a été capable en 2006 et en 2011 pour rester au pouvoir. Même dans le sac d’un idiot, on ne vole pas deux fois, dit l’adage kôngo. Allons-nous accepter de nous faire détrousser une troisième fois et être un peuple plus idiot que l’idiot lui-même? Non, soulevons-nous et nous forcerons le respect du monde et de nos ancêtres. Nous ne sommes pas faits pour l’esclavage. Debout, Congolais!

Un peuple peureux restera esclave à jamais !

 

Conclusion

 

Chaque dirigeant qui verse le sang congolais signe la fin de son règne. Il en fut ainsi le 4 janvier 1959. En versant le sang des Congolais, les colons belges ouvrirent le chemin de l’indépendance immédiate que le Congo obtint le 30 juin 1960. Il en fut ainsi le 16 février 1992. En tuant des chrétiens dans les rues de Kinshasa alors qu’ils manifestaient pacifiquement leur colère contre le régime tyrannique du maréchal Mobutu, ce dernier dut fuir Kinshasa. Ces tueries ouvrirent plus tard la voie à l’entrée de l’AFDL (soutenue par le Rwanda et l’Ouganda) au Zaïre et sonnèrent la fin du régime ignoble de Mobutu. Suivant la même logique, il est permis de croire qu’en tuant les 19, 20 et 21 janviers 2015 des Congolais qui manifestaient paisiblement leur colère contre le tripatouillage de la loi électorale, le régime de « Kabila » a signé sa fin.

Le sang de l'humain et donc des Congolais est sacré et tout pouvoir qui le verse inutilement s’attire la colère de Nzambi a Mpungu. Qu'on se le tienne pour dit.

 



[1]

         [1] Révolté à cause du vol de sa victoire à l’élection présidentielle de 2006, Jean-Pierre Bemba a dit : « J’ai accepté l’inacceptable ».

 

[2]

         [2] Révolté à cause du vol de sa victoire à l’élection présidentielle de 2011, Étienne Tshisekedi a dit : « Celui qui me ramènera ce bandit ligoté recevra une récompense ».