Diaspora
dimanche juin 07, 2020
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Ce titre que j’emprunte en partie à une célèbre bande dessinée jadis connue de tous «zaïrois» dont  je fus hier encore l’un d’entre-eux «Il était une fois…. » colle bien à ce mois de mai qui fait partie de ce patrimoine de mémoire collective dans l’imaginaire de tout néo «Congolais» d’aujourd’hui dans un pays qui reste encore à démocratiser malgré les sirènes……. L’histoire retiendra que les ambitions d’une réelle démocratie dans mon pays se sont vues noyées deux fois de suite en l’espace de 30 ans d’indépendance au cours de ce mois de mai.

 

 

D’abord le 20 mai 1967. C’était la proclamation du Manifeste de la N’Sele, «Charte du parti unique» de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wazabanga dit Joseph-Désiré dont la doctrine concoctée par certains illuminés fut le «mobutisme», du patronyme même de son fondateur. Ce fut le début d’une dictature sanguinaire qui s’'installera et étranglera le pays tout entier plus d’un quart de siècle durant. Mobutu, président fondateur du MPR, était de droit Président de la république et jouissait ainsi de tous les pouvoirs. La constitution de 1967, votée dans la suite de cette proclamation par une sorte de référendum populaire stipulait du reste : «outre qu'il [le président] concentre entre ses mains tous les pouvoirs, celui-ci n'est pas tenu de prendre certaines de ses décisions en conseil de ministres et il peut signer seul tous ses actes» .Il s’installait ainsi une nouvelle ère de terreur avec comme corolaires la destruction des structures sociales, économiques et politiques du pays dont nous subissons les conséquences jusqu’en ce jour.

La naissance du MPR s’inscrivait ainsi dans la suite logique de ce plan diabolique que Mobutu s’était imaginé depuis sa prise de pouvoir par son coup d’Etat militaire du matin du 24 novembre 1965. La création du Corps des Volontaires de la République (CVR) sous l’initiative de Paul Kabaidi wa Kabaidi et de Nsengi Biembe alors que tous les partis politiques issus des années de l’indépendance étaient interdits. Mobutu en sera par ailleurs le premier membre inscrit tout en se défendant d’en être le fondateur, pourtant l’annonce d’avril 1967 à  Mbandaka de l’idée de créer un grand rassemblement politique lui revenait. Ce fut le signal d’enclenchement de  cette machine implacable qui broiera tout sur son passage.

La route ainsi ouverte, il ne restait rien d’autre qu’à avancer. Par la loi du 29 octobre 1971 par exemple, des nouvelles appellations apparaissent : République du Zaïre, zaïrois, Bas-Zaïre, Haut-Zaïre. Celle du 19 novembre 1971 adopte un nouveau drapeau national, celui du MPR ; qui sur son fond vert est frappé d’une main tenant fermement le flambeau dans un cercle jaune au centre. Cette main de fer enfermera le peuple tout entier dans une terreur sans précédent. On retiendra que conformément aux résolutions de son premier congrès et par la modification de l’art.4, le MPR deviendra le seul parti politique entraînant une seule candidature à la présidence du pays. Cette déviance dictatoriale entrainera une modification radicale de la Constitution par la loi du 15 août 1974 : le MPR devenait la seule institution du pays, toutes les autres étant supprimées pour ne devenir que ses organes à savoir : le Bureau Politique, le Congrès, le Conseil Législatif (parlement), le Conseil Exécutif (gouvernement), le Conseil Judiciaire (justice et magistrature).

Par l’article 29 : «le MPR devient  La Nation zaïroise organisée politiquement» avec dans la suite la naissance du  Comité Central du Parti par la loi du 15 novembre 1980. Le summum sera atteint par la décision d’Etat du 1er avril 1983 : «Le MPR commande et oriente l’Etat, qui est devenu son instrument pour la réalisation de ses objectifs». Ainsi, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) achevait son cycle en devenant l’Etat zaïrois en lui-même et s’autoproclamé parti-Etat. Mais c’était sans savoir que la roue de l’histoire tourne et que la chute du mur de Berlin en 1989 entrainera des bouleversements inattendus dans le monde entier.

Puis vint le 17 mai 1997. En ce jour, les kinois (habitants de Kinshasa) éberlués ont vu déferler dans leur ville capitale des petits hommes chaussés des bottes en caoutchouc, baluchons sur les têtes, kalachnikovs à la main et cartouches en bandoulières. Ces étrangers venus de l’Est du pays achevaient ainsi leur marche triomphale entamée presqu’un an jour pour jour au lendemain de la fuite de Mobutu et sa famille depuis Gbadolité vers le Togo. C’était la prise du pouvoir par L’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila qui s’autoproclamera président de la République.

A l’instar du MPR avec son CVR, l’AFDL mettra sur pied ses Comités Populaires à travers tous les coins du pays pour mieux encore contrôler le peuple congolais fatigué par la dictature de Mobutu. Kabila ne tardera pas à se rendre compte que son pouvoir acquit par la force des armes et d’essence étrangère (Rwanda, Ouganda) ne tenait qu’à un fil qui risquait de rompre à la première tension. Ce qui se produira avec la deuxième guerre du pays entre 1998-2003 qui ne le verront pas survivre. Laurent-Désiré Kabila n’aura même pas le temps de réaliser ce qui l’attendait car il sera assassiné le 16 janvier 2001 en plein cœur de son pouvoir au Palais de Marbre dans des circonstances aussi troubles qu’inexpliquées jusqu’en ce jour même si les commanditaires et les exécutoires sont connu de tous.

Qualifiant son AFDL «d’un conglomérat d’aventureux », il s’était vite rendu compte que «la diaspora»; ces congolais venus de l’étranger avec qui il s’était fait entouré n’étaient tous que des profiteurs. A l’instar d’anciens mobutistes ayant pris le chemin de l’exil, ils avaient tous soif d’autant s’enrichir aussi vite que possible sans se préoccuper du simple quotidien du peuple au nom de qui la guerre de libération avait été engagée. La mise sur pied du gouvernement de transition 1+4 issu du Dialogue inter congolais de Sun City en Afrique du Sud entre 2003-2006 donnera un semblant d’entente entre les intérêts en place. Les élections de 2006 et la victoire contestée de Joseph Kabila Kabange sur Jean-Pierre Bemba, l’alliance contre nature entre Kabila Kabange et Nzanga Mobutu illustrent bien cette ambivalence dans la stratégie politique dans mon pays. Sinon, comment expliquer que le fils (sic) du tombeur de Mobutu (Kabila) s’entende avec celui du perdant (Mobutu) qui de surcroit a des relations de famille avec Bemba (Nzanga Mobutu est le beau-frère de Jean-Pierre Bemba) ?

30 juin 1960 : indépendance du Congo. C’est dans une effervescence sans précédent que les tenants actuels du régime et leurs amis se préparent à célébrer avec faste le 30 juin prochain ce cinquantenaire de notre indépendance nationale. Pendant ce temps, le peuple congolais continue pour sa part son chemin de calvaire en croupissant dans une misère sans description. Cinquante après ce moment d’histoire de mon beau pays clochardisé, beaucoup des choses sont à dire et restent à dire. Et ça sera pour bientôt dans les lignes de www.congoone.net