Diaspora
mardi août 21, 2018
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A partir de ce mardi 24 Juillet 2018, aucune activité du ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, ne sera diffusée dans aucun média congolais pendant six mois. Telle est la décision de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) annoncée le lundi 16 Juillet courant. Cette décision est la conséquence des propos jugés offensants, méprisants, irresponsables et irrespectueux tenus par le ministre congolais de la Justice.


En effet, selon Joseph Boucard Kasonga Tshilunde, président de l’UNPC, le ministre Alexis Thambwe Mwamba a traité lundi dernier des journalistes congolais de « minables, misérables, des personnes qui écrivent n’importe quoi pour peu d’argent, 1000 ou 1500 dollars de Moïse Katumbi et continuent de lui accorder la parole ».
Les propos injurieux du ministre de la Justice envers des journalistes congolais ont été tenus au cours de l’intervention du ministre Thambwe Mwamba à la tripartite réunissant le CNSA ( Conseil national de suivi de l’Accord politique de décembre 2017), le gouvernement et la CENI(Commission nationale électorale indépendante).
Avant de décréter l’embargo contre Alexis Thambwe Mwamba, l’UNPC lui avait accordé 48 heures pour retirer ses insultes à l’endroit de toute la presse. Ce que le ministre de la Justice a refusé de faire.
Outre l’embargo de six mois décrété contre le ministre de la Justice, d’autres actions sont prévues par la corporation des journalistes congolais, à savoir une marche de protestation suivie du dépôt d’un mémorandum à déposer auprès du premier ministre ( à une date à préciser) ainsi qu’une plainte à déposer auprès de la Cour de Cassation.
En attendant de connaitre la suite que la justice à la solde de la kabilie pourrait réserver à la probable plainte des journalistes contre le ministre de la Justice qui fait partie des faucons de la cour présidentielle, rappelons que M. Thambwe Mwamba est au cœur d’une plainte déposée en Belgique pour crime contre l’humanité. Et pour cause, le ministre de la Justice de Joseph Kabila est accusé d’avoir revendiqué la destruction en plein vol d’un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines, avec à son bord 50 passagers le 18 octobre 1998 aux alentours de la ville de Kindu. C’était pendant la guerre menée par la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenue par le Rwanda,  dont Thambwe Mwamba était un des leaders, contre le pouvoir du président Laurent-Désiré Kabila.
On se souviendra de ce qu’à l’époque, Alexis Thambwe Mwamba avait revendiqué sur les ondes de la Radio France Internationale (RFI), la destruction de l’avion, justifiant le tir du missile par le fait que l’avion était sur le point d’atterrir à Kindu. Cette version mensongère a été démentie par les responsables de la compagnie aérienne et de nombreux témoins. Pour ces derniers, l’avion n’était pas en approche de Kindu mais venait de décoller avec à son bord des civils, majoritairement des femmes et des enfants, qui cherchaient à fuir un front militaire qui ne cessait de se rapprocher de la ville de Kindu.
Mais, pourquoi donc une plainte en Belgique contre Alexis Thambwe Mwamba près de 20 ans après les faits ? Ne serait-ce pas parce que le régime policier que sert l’ex-rebelle aujourd’hui ministre de la Justice ne semble plus bénéficier du soutien des Occidentaux dont les Belges qui ont fermé les yeux sur les différents massacres commis par les Kabila depuis 1996 ( Tingi Tingi, Makobola, fosses communes de Maluku, massacres du Bas-Congo contre les partisans de Bundu dia Kongo, massacres du Kasaï contre la population sous prétexte de combattre les insurgés de Kamwina Nsapu…). On en veut pour preuve le fait que Kabila a fermé la Maison Schengen à Kinshasa, les Consulats de Belgique à Goma et Lubumbashi ainsi que le Consulat de la RD Congo à Anvers en Belgique en représailles contre la décision du gouvernement belge de passer par des ONG pour son aide au développement et non plus par le gouvernement de Joseph Kabila.
En tout état de cause, Alexis Thambwe Mwamba est, à mon avis, l’exemple parfait du vagabondage politique reproché au personnel politique congolais. Ministre plusieurs fois, ambassadeur en Italie et PDG de l’OFIDA sous Mobutu ; à la démocratisation en 1990, Thambwe Mwamba est passé à l’opposition en créant avec des amis mobutistes le parti politique Union des démocrates indépendant dont il fut président. Quand Laurent-Désiré Kabila chasse Mobutu du pouvoir en mai 1997, Thambwe Mwamba s’exile à Bruxelles. De la capitale belge, il rejoint à Goma la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie soutenue par le Rwanda. Thambwe Mwamba quitte le RDC pour une autre rébellion, le MLC soutenue par l’Ouganda et dirigée par Jean-Pierre Bemba Gombo. C’est en compagnie de Bemba qu’il se rend en Afrique du Sud pour participer à Sun City au Dialogue intercongolais en 2002. A la suite de l’accord politique conclu au pays de Madiba, Thambwe Mwamba rentre à Kinshasa où il est nommé ministre du Plan du gouvernement de transition pour le compte du MLC. En 2006, comme par un tour de magie, Alexis Thambwe Mwamba rejoint Joseph Kabila qui le nomme plus d’une fois ministre (Affaires étrangères, Justice). Il fait désormais partie des hommes les plus écoutés et des faucons de la cour du président hors mandat depuis 2016.