Un calme précaire régnait samedi 9 janvier 2010 à Rosarno en Calabre du Sud. Les violences raciales depuis jeudi ont fait, selon un dernier bilan, 68 blessés.  Vendredi, une véritable « chasse à l’homme » a été lancée contre les migrants par la population locale, au cours de laquelle plusieurs étrangers ont été blessés. Près de mille d’entre eux auraient déjà quitté les lieux, évacués vers des centres d’accueil à plus de 100 km de la ville, note Anne Le Nir, la correspondante de RFI en Italie.

“Nous sommes venus pour travailler et, maintenant, on nous tire dessus”, explique Francis, un Ghanéen de 25 ans, à Anne-Sophie Legge de l’AFP , peu avant de partir de son logement de fortune dans une usine désaffectée vers Naples, sans les 200 euros que son employeur lui doit. “Nous avons peur, il n’y a plus rien pour nous ici”, dit Ali, la trentaine, prêt à s’embarquer sur une navette avec quelques affaires dans une petite valise. Son employeur lui doit 500 euros. Son salaire: 20 à 25 euros par jour pour 12 à 14 heures de travail.

Au moins 4000 migrants sont employés, en général illégalement, chaque année à Rosarno pendant deux mois pour cueillir des fruits. Lire à ce sujet ce reportage de l’AFP : “La misère des ouvriers agricoles immigrés de Rosarno” publié par La Tribune de Genève .

Le climat de haine raciste ne cesse de s’amplifier en Italie. “La situation se dégrade. Tous les jours, un noir se fait tabasser. On ne peut pas continuer comme ça”, explique à Ann-Sophie Legge, Gian Antonio Stella, journaliste spécialisé dans les mouvements de droite et auteur du livre “Nègres, tapettes, youpins & co. L’éternelle guerre contre l’autre”, paru début décembre (“Negri, froci, giudei & Co. - L’eterna guerra contro l’altro”).
Parmi les derniers exemples relevés, la nuit de la Saint-Sylvestre: un Ethiopien tabassé à Florence, parce que son amie protestait contre des jets de pétards, et un Egyptien frappé aux cris de “pédé de merde”, selon l’organisation Arcigay. Ou encore ces annonces immobilières qui stipulent “Pas d’animaux, pas d’étrangers”.
Quelques jours plus tôt, c’était le “Noël blanc” organisé par un maire de la Ligue du Nord, parti anti-immigrés membre de la coalition de droite au pouvoir, qui défrayait la chronique. L’opération visait à recenser les étrangers de Coccaglio (3.000 habitants) et à dénoncer les clandestins en préfecture.
Des responsables de la Ligue du Nord ont également proposé de réserver des wagons de train ou des prestations sociales aux Italiens.

Régulièrement, le footballeur italien d’origine ghanéenne, Mario Balotelli, 20 ans, attaquant surdoué de l’Inter de Milan, se fait insulter et huer sur les stades italiens. Cris de singes et chants racistes accompagnent ses dribbles. Mais, toujours le joueur a voulu garder son sang-froid et ne pas répondre. Sauf mercredi dernier, en déplacement à Vérone.  Excédé, Mario Balotelli avait insulté les supporters du Chievo Verone qui, eux, n’ont pas été punis. Car c’est Mario Batoletti qui a été sanctionné d’une amende de 7.000 euros par la fédération italienne de football ! (Metro )

“La Ligue est décidée à exploiter le sentiment d’insécurité vis-à-vis de l’immigration”, commente Sergio Romano, éditorialiste du quotidien Corriere della Sera. “Comme (le Premier ministre) Silvio Berlusconi a besoin du soutien de la Ligue, elle peut dire tout ce qu’elle veut”. Le chef de la Ligue, Umberto Bossi a qualifié les noirs de “Bingo Bongo” à plusieurs reprises”, relève M. Stella, en rappelant ce film de 1982 où Adriano Celentano incarne un homme-singe.

C’est à ce point que la direction du Ku Klux Klan imagine de créer une succursale en Italie, un pays qu’elle trouve “génial” en raison de son racisme… (Aglio e Cipolla ) Lire aussi La Repubblica .