Editorial
samedi janvier 20, 2018
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Tirer à balles réelles sur les Congolais(es), les tuer, les massacrer, les esclavagiser, sont des actés délibérés. La preuve est là que certaines manifestations ''bien planifiées'' sont ''encadrées''.

Prendre l'histoire du Congo-Kinshasa par de petits morceaux peut pousser à formuler certains commentaires négligeant le fait que ce pays connaît une guerre d'usure depuis 1885. Les efforts déployés par les héritiers de Kimbangu et Kimpa Vita vers les années 1960 pour en finir avec cette guerre n'ont abouti qu'à quelques jours d'indépendance politique réelle. L'un des fers de lance de cette lutte est tué le 17 janvier 1961. Depuis lors, le Congo-Kinshasa est plongé dans une crise de légitimité et de légalité. Les efforts déployés vers les années 1990 pour la démocratisation de ce cœur de l'Afrique ont été anéantis par la guerre raciste et de prédation menée par les anglo-saxons et leurs proxys rwandais, ougandais, burundais, congolais, etc. Cette guerre a eu lieu dans un contexte beaucoup plus large de la production des ''Etats ratés'' orchestrés par ''la première puissance militaire du monde''. (https://www.legrandsoir.info/produire-des-etats-rates.html) Le peu de structures et institutions donnant au Congo-Kinshasa l'aspect d'un ''Etat manqué'' sous Mobutu ont été anéanties par cette guerre. Produire les Etats ratés participait d'une politique de la guerre conçue comme business ; c'est-à-dire comme une opération économique rentable, dirait Riccardo Petrella.

Plusieurs d'entre nous ont fini par comprendre ce qui se passe dans notre pays. Ce faisant, ils sont devenus tellement exigeants qu'ils refusent d'accepter que se débarrasser des paradigmes de néantisation et d'indignité ne se fait pas au même rythme chez tout le monde. Rompre avec la traite négrière, la colonisation et la néocolonisation prend du temps. Cela d'autant plus que l'autre, celui qui en tire profit, depuis plus de cinq siècles ne croise pas les bras. ''Comprendre ne signifie pas justifier''.

Messieurs, leurs honorables et leurs excellences, vous organisez une marche en suivant la logique de ''votre constitution''. Quand je vous entends expliquer votre procédure, elle est nickel. Et vous êtes frappés au cour de cette marche comme des moins que rien par une milice déguisée en soldats et en policiers. Et vous continuez à parler des forces de l'ordre et des agents de sécurité. Non, messieurs ! Vous avez tout faux. Vous induisez les populations qui vous suivent en erreur. Voyez la différence entre les forces de l'ordre et de sécurité du Zimbabwe de ''l'ex-dictateur Mugabe''. Ils organisent ''un coup d'Etat de palais'' dans le respect de leurs populations. Pas une seule maltraitance ! Pas une balle tirée en l'air et retombant sur un citoyen. Elles ont réussi une alliance civico-militaire avec leur peuple. Elles sont filles et fils du même peuple. Que ''le dictateur'' décrié par plusieurs compatriotes congolais ait réussi cet exploit, je me pose la question de savoir si nous questionnons les mots et les expressions que nous utilisons et l'hégémonie culturelle qui les produit.