Editorial
dimanche avril 30, 2017
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Il arrive que, quand nous touchons de manière critique à nos rapports avec ''l'Etat profond anglo-saxon'' qui nous mène la guerre depuis l'assassinat de Lumumba en 1961 (et même avant), il y ait des réactions spontanées du genre : cet ''Etat profond'' ne ferait rien si les Congolais(es) n'avaient pas collaboré.  Cette réaction est juste. Mais partiellement. Elle ne rend pas compte du refus de collaborer dont plusieurs de nos aïeux ont fait montre au point de payer de leur vie. Bien que réelle, la spontanéité avec laquelle nous dénonçons ''notre collaboration'' donne à penser. Pourquoi nous plaçons-nous spontanément dans la position des coupables et de ''collabos'' sans analyser en profondeur les conditions de réalisabilité de notre ''collaboration'' ?

''Les Congolais(es) sont des BMW. Le Congolais est l'ennemi du Congo. Le Congolais peut, au non de l'argent, vendre ses propres parents. Le Congolais est ceci. Le Congolais est cela.'' Tels sont les propos que nous lisons de temps en temps sur les réseaux sociaux. Souvent, il y a très peu d'allusion à ce qui est arrivé à ce pays depuis les années 90. Sous d'autres cieux, en Espagne, par exemple, les familles ayant perdu leurs membres au Rwanda au cours du ''génocide rwandais'' travaillent au quotidien pour savoir ce qu'il y a eu au juste. Elles veulent que les responsabilités soient établies et les coupables punis. Depuis plus de deux décennies, ils se documentent pour savoir ce qu'il y a eu au juste. Les injures, les insultes et l'amnésie quasi collective au Congo-Kinshasa et des Congolais(es)  les uns(es) à l'endroit des autres ont tendance à occulter cette recherche historique indispensable à la décrispation de la situation au pays de Lumumba.

Penser au jour le jour nous contraint, souvent, à ne pas tenir compte des réflexions prospectives fondées sur un dialogue permanent avec la marche historique du monde. Nous perdons énormément de temps à trouver des réponses aux questions que pose l'actualité congolaise en refusant de nous étudier pour nous connaître en profondeur et d'étudier ''l'autre'', celui qui, depuis 1885, considère le Congo-Kinshasa comme une ''terra nullius''. Un refrain revient souvent :  « Accordons-leur le bénéfice du doute. »

Contrairement aux communiqués ''officiels'', nous apprenons qu'il y a encore des coups de feu à Kananga ce mercredi 15 mars 2017.  Il n'est pas exclu que les jeunes adeptes du chef Kamwina Nsapu soient pris dans un piège. Dans le piège de ''la guerre  d'usure'' menée contre le Congo-Kinshasa depuis bientôt plus de deux décennies.