Pendant que les ex-Zaïrois se perdent en conjectures au sujet des « actions terroristes » du 30 décembre dernier à Kinshasa, Lubumbashi et Kindu attribuées par la kabilie à Paul Mukungubila et par l’assassinat de Mamadou Ndala, un fait suffisamment grave et de nature à remettre en cause l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation a failli passer inaperçu. Il s’agit du diable caché dans un détail sibyllin contenu dans le message de vœux de Martin Kobler au gouvernement et au peuple congolais daté du 2 janvier courant.

 

En effet, agissant quasi en administrateur de l’ONU au Congo à démocratiser, l’allemand Martin Kobler, s’est fendu d’un message de vœux à travers lequel il définit le cahier de charges dans lequel devra s’inscrire l’action du gouvernement congolais en 2014 : s’attaquer aux racines du conflit notamment en promouvant la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme.

 

De quel conflit s’agit-il ? Le représentant du secrétaire général de l’ONU au Congo-Kinshasa ne plaide pas en faveur de la normalisation politique pacifique après le hold-up électoral du 28 novembre 2011 qui a exacerbé la crise de légitimité et mis en exergue un déficit criant de leadership.

 

Tel un prestidigitateur, Kobler a sorti une panacée de son chapeau en invitant le gouvernement congolais à «  travailler pour une exploitation régulée des ressources naturelles, une coopération régionale plus dynamique et plus stable ».

 

S’il ne faut pas un dessin pour réaliser que le Congo à démocratiser suscite des convoitises à cause de ses fabuleuses ressources naturelles, il est de plus en plus évident que ce pays immense est encore considéré comme un marché ouvert à tous comme le fut naguère, dans son essence, l’Etat indépendant du Congo.

 

Faut-il rappeler que dans son discours au corps diplomatique en janvier 2009, un certain Nicolas Sarkozy, qui venait de se réconcilier avec Paul Kagame, affirmait déjà que l’option militaire, s’agissant de la région des Grands Lacs, n’apportera aucune solution ? Ce crédo est répété jusqu’à l’ennui par Ban Ki-Moon, son envoyé spécial dans la région des Grands Lacs, Mary Robinson et Martin Kobler pour ne citer qu’eux.

 

Pour Nicolas Sarkozy, c’est un rappel,  il faut trouver une nouvelle approche pour apporter aux pays de la région l’assurance que l’ensemble des problèmes de fond qui se posent de façon récurrente sera réglée de manière globale. Président de la République française à l’époque, Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa dévoile alors sa solution miracle : « cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières ».

 

Agissant en directeur de conscience, Sarkozy de Nagy-Bocsa décrète : « Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment dans cette partie du monde on partage l’espace, on partage les richesses et on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à cotés des autres ».

 

La gestion régulée des ressources naturelles de la RD Congo et une coopération régionale plus dynamique c’est une formule plus douce pour réitérer le message « porté » par Sarkozy, il y a cinq ans, sur le partage ou l’organisation des richesses frontalières.

 

Qu’on se souvienne de ce que disait Joseph Désiré Mobutu Sese Seko dans des rares moments de lucidité : « il n’est pas facile d’être le Zaïre ». Par là, le guide mal éclairé de la révolution zaïroise sous-entendait qu’il y avait un enjeu économique derrière la déstabilisation de son pays, car le Congo-Kinshasa est un pays riche. Du moins potentiellement !

 

Formaté à la maxime de l’évangéliste Jean selon laquelle « au commencement était la parole », le Congolais ne se détournerait pas de la parole consacrée en faisant également sien le crédo de Goethe qui considère l’action comme le grand moyen de développement. D’où, l’impérieuse nécessité d’agir si on veut être meilleur. Ce, d’autant plus que, souligne le poète allemand, l’homme est un être naturellement actif et, si on sait lui commander, il s’empressera d’exécuter, il fera bien si on l’y invite.

Dès lors, au moment où d’autres, sans qualité ni droit, échafaudent des plans de sortie de crise dans la région des Grands qui puent la conjuration contre le Congo qui serait le seul Etat du monde contraint de partager ses ressources naturelles avec des voisins mal lotis, l’opposant congolais devenu commentateur alors qu’il ambitionne de remédier au déficit de légitimité et de leadership ferait œuvre utile en répondant à cette question de fond : qui commande les Congolais au pays pour qu’ils soient dans l’action libératrice ou sur le sinueux chemin de libération ?