A travers l’ouvrage « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de l’Etat » publié par Evariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel (PPRD), la kabilie n’a jamais fait mystère de son intention de modifier l’article 220 de la constitution (qui limite à deux le nombre de mandats successifs pour le président de la République) en vue de permettre à son champion de se présenter à la présidentielle de 2016.

C’est dans cette optique que Kin Kiey Mulumba, dernier ministre de l’Information de Mobutu, converti à la kabilie après avoir transité par la rébellion du RCD/Goma, récuse la politique d’autruche qu’affectionnent certains membres de sa famille politique. Le ministre Kabila des PTT appelle ouvertement à la continuité du régime à travers une campagne payante qu’il mène dans plusieurs médias sur le thème plus que flatteur « Kabila to tondi yo naïno te ; mposa na yo esili te ».

 

Du coté des oppositions où chaque leader dispose d’un agenda personnel, un seul point fait l’unanimité. C’est le refus de voir Kabila rempiler pour un troisième mandat. Une pétition a même été lancée pour que toute tentative allant dans le sens de la révision de l’article 220 de la constitution trouve une fin de non recevoir de la part de tous les Congolais ( !). Même des Kabilistes ?

 

La qualité essentielle reconnue à Kabila Kabange par ceux qui ont fait de lui le roi de l’ex-Zaïre étant sa  grande capacité d’écoute, le message livré au successeur désigné de Laurent-Désiré Kabila par le secrétaire d’Etat américain, John Kerry en mai dernier à Kinshasa quant à la volonté américaine de le voir ne pas modifier la constitution de manière de rempiler pour un troisième mandat, a contraint les bonzes de la kabilie à faire profil pour ne pas engager un bras de fer avec l’Amérique d’Obama. Les dernières manœuvres politiques à Kingakati semblent avoir ont l’option de donner des gages de bonne foi aux occidentaux, en ne touchant pas à l’article 220 de la constitution. La conséquence qui en découle est naturellement que Kabila Kabange ne serait pas candidat à sa propre succession en 2016.

 

De quoi voir les oppositions congolaises applaudir des pieds et des mains avant de voir ressurgir l’impossibilité pour elles de se ranger derrière un seul candidat étant donné que l’élection présidentielle se fera toujours à un seul tour !

 

Après avoir ainsi joué machiavéliquement le jeu du respect des prescrits de la constitution, la kabilie présentera légitimement au suffrage des ex-Zaïrois un joker chargé de « garder la maison » par l’autorité morale de la Majorité présidentielle qui se mettra ainsi dans la réserve de la République en attendant la fin de la législature. Le scénario à la Poutine qui verrait le président sortant devenir premier ministre autrefois envisagé serait abandonné.

 

Dans un tel contexte, que le joker désigné se nomme Minaku, Katumbi ou quelqu’un d’autre, la messe sera dite non seulement parce que la kabilie dispose de la puissance publique et des moyens de l’Etat, mais parce Apollinaire Malu Malu fera le travail pour lequel Joseph Kabila l’a désigné : veiller à la continuité du régime en assurant la victoire des partisans de Joseph Kabila à tous les niveaux du pouvoir, par les urnes comme en 2006 et 2011 comme l’a bien annoncé à Kinshasa il y a dix jours Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, secrétaire général de la Majorité présidentielle et probable successeur désigné à la plus haute charge de l’Etat.

 

A ce moment là, les oppositions congolaises, qualifiées non sans raison par un confrère kinois comme l’opposition la plus bête du monde, prendront comme en 2006 et 2011 à témoin le peuple et la communauté internationale. Pour rire !

 

De même, le peuple congolais qui brille par son indolence alors que son sort est en jeu n’aura que ses yeux pour pleurer. A moins que comprenant les enjeux, il ne lève son front longtemps courbé en obligeant par exemple les leaders politiques qui se sont coalisés uniquement autour de la non révision de la constitution à former une véritable alliance politique en s’interdisant de présenter plus d’un candidat à l’élection présidentielle pour le compte de l’opposition, de manière à déjouer le complot ourdi et doter par le fait même le Congo à démocratiser d’un leadership visionnaire.

 

Cela n’est possible que si l’élite congolaise, au pays et dans la diaspora, ne choisit pas, comme certains prestidigitateurs la facilité ou la stratégie du refus de participer aux élections tant que le pays sera dirigé par un pouvoir d’occupation. Si cette option seule était de nature à conduire à la normalisation politique pacifique, cela se saurait !