Mobiliser les masses populaires et créer des masses critiques, c'est différent. Tant que nous serons incapables de faire la différence entre l'esprit moutonnier des masses appauvries et dégradées, mobilisables pour les matches de foot, pour ''le pain et les jeux'' et les masses critiques conscientes des enjeux réels face auxquels le pays est confronté, travaillant avec les élites organiques et structurantes pour le renversement des rapports de force sur le court, moyen et long terme, nous risquons d'être les victimes volontaires de nos propres illusions.

Les masses critiques sont conscientes de leur histoire. Elles s'inscrivent en faux contre l'amnésie. Elles identifient leurs adversaires et programmes, en conscience, leurs actions. Elles prennent le temps de passer en revue les marches et autres mobilisations ayant mené au maintien des ''nègres de service'' au ''pouvoir-os'' en vue de changer ou de perfectionner les tactiques, les stratégies et les méthodes. Elles ont des tacticiens et des stratèges auxquelles elles s'identifient dans leur lutte pour devenir les démiurges de leur propre destinée.

Elles sont conscientes de leurs droits, de leurs devoirs, de leurs libertés fondamentales et des causes pour lesquelles elles sont prêtes à se transformer en groupes d'autodéfense.

Elles procèdent régulièrement à un devoir d'inventaire pour éviter de commettre les mêmes erreurs ou de se laisser rouler dans la farine par les mêmes ''nègres de service''. Elles conjoignent régulièrement connaissance (des faits, des adversaires et des enjeux) et conscience historique.

L'un des maîtres spirituels de l'histoire de l'humanité s'est vu condamné à mort à l'appel des foules qui, dans d'autres circonstances, l'avaient applaudi comme ''Messie''.

Oui. Les foules sont versatiles. Les politiques avertis devraient faire très attention à cette versatilité.

 

Mbelu Babanya Kabudi