Editorial
samedi août 19, 2017
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Supposons que la dernière sortie médiatique de Joseph Kabila ait connu des interprétations erronées. Qui doit pouvoir réajuster le tir ? C'est lui. Et pas les tambourinaires et les thuriféraires.

Les apprentis en cours d'interprétation des textes, de l'herméneutique savent qu'un texte, une fois rendu public, n'appartient plus qu'à son auteur. Il est soumis à plusieurs interprétations, à plusieurs lectures. Quand ces lectures ne respectent pas ''l'intention de l'auteur'', il a, dans le domaine journalistique, le droit de réponse. Et celui-ci ne peut pas clore le débat. Pourquoi ? Tout texte est polysémique. Il a plusieurs sens et peut être lu de plusieurs manières. Le texte, le contexte, l'histoire, etc. rentre souvent en ligne de compte. Et même là où le débat est possible, le consensus auquel les débatteurs arrivent est souvent ''provisoire''. Il subsiste toujours ''un désaccord fondateur'' d'un autre débat. Disons que le compromis est souvent ''un consensus provisoire''.

Rappelons que débattre est un art. Il a ses règles. Les philosophes du langages et les herméneutes en savent quelque chose. Les participants au Kinzonzi, au looso et aux masambakanyi en savent aussi quelque chose.

Il est curieux qu'une certaine habitude se soit installée au Congo-Kinshasa : celle de dispenser ''les chefs du débat''. En 2006, Kabila est dispensé du débat avec Jean-Pierre Bemba. Kamerhe justifie cela en disant que Bemba risque de sauter sur lui et pour le frapper. Mende justifie les silences de son ''autorité morale'' en disant qu'il parle peu. En d'autres mots, les thuriféraires et les tambourinaires de ''la kabilie'' excluent les débats auxquels participerait leur ''raïs'' et voudraient berner les Congolais(es) en prétendant que ''le Congo est une jeune démocratie'' !!!

Qui dit ''démocratie'' dit looso, kinzonzi, masambakanyi de tous avec tous. Ici, la prise de parole n'est pas simplement ''un droit'', mais ''un devoir''. Parler, débattre, c'est participer avec les autres à l'édification du monde commun, de ''la cita'', du ''Ciota''.

Chez nous, dès que ''le chef'' a parlé, ce sont les chargés ''en communication'' qui prétendent mieux connaître ''la pensée de leur chef'' que quiconque. Ils rejettent les autres interprétations sans que ''le chef'' lui-même avalise ou pas les leurs. Terrible ! On dirait qu'il y a une certaine reproduction du principe du ''magister dixit''. Dès que ''le maître'' a parlé, tout est dit et bien dit. ''Les sujets'' n'ont qu'à dire ''Amen'' sans un moindre risque d'interprétation.

Non. Il faut arrêter avec ces essais d'avilissement des Congolais(es). Reconnaissons que plusieurs parmi nos compatriotes ont des compétences reconnues en journalisme, en herméneutique, en philosophie du langage, etc. Reconnaissons qu'il y a une certaine peur du débat mené avec ''les chefs'' chez nous. Il risque de révéler leurs limites et de les disqualifier. Les chefs se contentent, donc, d'avoir des thuriféraires et des tambourinaires pouvant justifier tout et n'importent quoi. Et être capables d'insulter ces compatriotes exigeant que le débat, la délibération et la participation citoyenne aux décisions politiques soient au cœur de ''la démocratie congolaise''.

Oser un débat sur la dernière sortie médiatique de Joseph Kabila et s'entendre dire ''les Congolais méprisent d'autres Congolais'', cela est une honte. Messieurs les thuriféraires et tambourinaires de Joseph Kabila, aller apprendre ce que signifie ''la polysémie du discours ou du langage'' ; venez et demandez à votre ''raïs'' de s'adonner au débat. Même s'il est finissant. Si vous voulez lire les Congolais bien outillés en ces matières, en voici : Okolo Okonda, Tshiamalenga Ntumba, Ngoma Binda, Badidike Mulamba, Mulamba Mutatayi, Tshimanga Bakankana, etc. Le Congo)Kinshasa a une bonne expertise en herméneutique, en Philosophie analytique et en Philosophie du langage.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961