Editorial
dimanche mai 27, 2018
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Une congolaise en vacance au pays visite un membre de ''la police politique de la kabilie''. Elle est impressionnée par le nombre de voitures qu'il y a dans sa parcelle. Et elle a honte. Elle ne comprend pas comment, dans un pays où les masses populaires sont livrées à leur triste sort, une seul individu peut avoir autant de voitures.

Elle a honte. Mais son hôte n'a pas honte. Il est fier de lui exposer le fruit de sa cupidité et de son avidité. En effet, pris dans les chaînes de la cupidité et de l'avidité, cette soif insatiable des biens matériels, il devient difficile d'avoir cette gêne liée au fait d' ''être heureux seul'' dans son cercle familial. Le manque de gêne(et de honte) peut être lié à un vide intérieur que rien ne peut combler. Il peut être lié à un égocentrisme des parvenus n'ayant d'autre horizon pour leur vie que leur petit nombril. Ce vide intérieur cherche à être comblé par ''le m'as-tu-vusme''. Or, vouloir ''être vu'' peut conduire à creuser en soi un gouffre sans fond et à la perte de boussole éthique. Alors, vivent les dégâts ! Tous les coups tordus sont permis !

Dans un ''non-Etat'', dans un ''Etat manqué'' et ''raté'' comme le Congo-Kinshasa, ''le m'as-tu-vusme'' a fini par manger les cœurs et les esprits. Et tous les coups se permettent. Avoir des titres ministériels vides de contenu et de sens ne gêne plus. Juste le temps de se faire un peu de fric et d'être ''reconnu'' par ''sa coterie''. Souvent, des compatriotes n'ayant pas réussi à faire de leur vie familiale ou professionnelle un lieu d'une véritable reconnaissance sont des candidats au ''m'as-tu-vusme''. Chômeurs, ignorants, brigands, opportunistes ou maffieux de longue durée, ils ont besoin d'être reconnus comme ''leurs excellences'' ou ''leurs honorables'' pendant qu'ils excellent ou se déshonorent dans ''la médiocrité''. Heureusement pour eux, ils ont des fanatiques, des thuriféraires et des tambourinaires. Ces autres-eux-mêmes à qui ils partageront et les miettes de la mangeoire, leur vide intérieur et leur insignifiance. Et ''le kuluna'' en chef a besoin de se faire un peu plus de copains et de coquins.

Vive le Congo-Kinshasa à démocratiser !

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961