Editorial
mercredi mars 03, 2021
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Les Tutsi et les Hutu dits Congolais sont-ils nos compatriotes ? Cette question, à la limite provocatrice, n’est pas l’expression d’une haine tribale et ou raciale envers une partie de la composante nationale. Elle s’inscrit plutôt dans le cadre d’un large débat sur ce qu’est la volonté des Congolais de vivre en communiant à un même idéal, celui de bâtir un pays plus beau qu’avant en assurant sa grandeur ainsi que cela ressort de notre hymne national.

Sans perdre de vue que pareille question est susceptible de pêcher par une généralisation qui ne peut qu’être abusive, il serait néanmoins absurde de ne pas mettre la question en relief tant les Hutu et Tutsi dits Congolais semblent plus proches du Rwanda et des Rwandais que du Congo à démocratiser et des ex-Zaïrois.

S’il est notoire que l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) était d’essence étrangère du fait que des soldats rwandais, Tutsi principalement, avaient volé au secours de leurs frères dits Banyamulenge dont Laurent-Désiré Taratibu Kabila ka Makolo était porte-parole, l’entente cordiale armée entre Hutu Rwandais et Hutu dits Congolais relèvait de la conspiration du silence. Ce, jusqu’au mercredi 22 juillet courant, jour où, au cours d’une conférence de presse tenue à Kinshasa, le porte-parole militaire de la Mission de l’ONU au Congo, Jean-Paul Dietrich, a jeté un véritable pavé dans la marre en annonçant que 30% des rebelles Hutu membres des FDLR sont des Hutu Congolais. Une première !

Dans sa tentative d’explication, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich estime que les Hutus Congolais se seraient ralliés à leurs « frères » rwandais pour combattre le régime de Kigali. Soit !

Quand, au regard de cette « nouvelle » donne, le régime de Kinshasa met en exergue les retombées positives des opérations Kimia qui auraient permis de réduire la capacité de nuisance des FDLR au Nord-Kivu, alors qu’au même moment la MONUC affirme que plus de 700 maisons ont été incendiées à Kabare par des rebelles Hutu rwandais, peut-être faudra-t-il ajouter désormais avec l’aide de leurs supplétifs congolais, on réalise le malheur d’avoir un leadership fainéant à la tête du Congo et la nécessité urgente d’une alternance au sommet de l’Etat.

Si à Kabare des milliers des Congolais sont contraints de fuir vers des localités plus sécurisées par crainte de nouvelles attaques, on ne saurait passer sous silence le fait que d’autres centaines des milliers des Congolais, au Kivu et dans la Province Orientale, errent ça et là en véritables réfugiés dans leur propre pays.

Ailleurs sur l’ensemble du territoire national l’insécurité ne s’est jamais aussi bien portée. Les ex-Zaïrois n’ont pas attendu le récent rapport de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) pour constater la dérive totalitaire d’un régime qui fait pire que le mobutisme en s’adonnant et en encourageant le contrebande de l’uranium au point de menacer la sécurité internationale.

Au moment où le courant passe très bien entre Kinshasa, Kigali et Bujumbura à travers l’accréditation de nouveaux ambassadeurs, il y a lieu de se demander si la présence révélée des 30% Hutu Congolais dans les effectifs des FDLR, dont la MONUC se garde d’indiquer le nombre exact, ne serait pas le meilleur alibi destiné à permettre à Kigali de revenir au Congo quand il le jugera nécessaire.

Quoi qu’il en soit, la présence des Hutu congolais dans les rangs des FDLR relance la problématique de leur congolité. Car, il n’est pas admissible que le sang des Congolais soit inutilement versé par d’autres Congolais ou avec leur participation pour permettre à des Rwandais, à savoir les Hutu rwandais, de combattre le régime de Kigali.

De même, la question de la congolité des Tutsi congolais devra également être traitée avec sérieux, car comme les Hutu, eux aussi semblent plus proches de leurs « frères » Rwandais que Congolais. Ce n’est pas un scoop que de rappeler qu’à l’avènement du FPR en 1994, bien de Tutsi dits Congolais avaient regagné la maison à Kigali. Il faut y ajouter le fait que le soutien militaire aux différentes rébellions (AFDL, RCD, CNDP) d’essence « banyamulenge » est toujours venu de Kigali.

Dès lors, le jusqu’auboutisme de certains compatriotes du Kivu qui considèrent, aujourd’hui comme hier, que les Hutu ou Tutsi dits Congolais sont tous des Rwandais peut se comprendre. Car, par leurs faits et gestes, certains Hutu et Tutsi congolais se mettent en marge de la nation congolaise.