Editorial
lundi octobre 21, 2019
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Une centaine des magistrats congolais ont été révoqués en début de semaine par Kabila Kabange, singeant ainsi son prédécesseur et tombeur de Mobutu Sese Seko.

Quoi qu’accusés d’abuser de l’indépendance liée à la délicatesse et à la noblesse de leur mission se rendant ainsi coupables de dol, de concussion, de corruption et même d’infractions de droit commun, les magistrats révoqués ne pouvaient l’être en violation de la loi.

En fait, si les magistrats révoqués l’ont été sur proposition du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), organe habileté pour ce faire, c’est un groupe des magistrats membres du CSM qui se sont réunis en commission spéciale et se sont arrogés le droit d’établir la liste de leurs collègues à bannir, excluant de leurs délibérations certains de leurs collègues et empêchant par le fait même au CSM de fonctionner comme une assemblée démocratique. Voilà pourquoi, le président du Syndicat national des magistrats (Synamag), Nsambayi Mutenda Lukusa, lui-même membre du Conseil supérieur de la magistrature, soutient que le président de la République a été induit en erreur par ce groupe des magistrats.

Si comme le souligne le président du Syndicat national des magistrats, Kabila Kabange a été induit en erreur, on ne peut ne pas s’interroger sur la responsabilité du service juridique de la présidence de la République dont le chef est tourné en bourrique pour avoir révoqué des magistrats dont les dossiers disciplinaires sont vides en plus du fait qu’aucun d’eux n’a été entendu sur des faits dont il se serait rendu coupable.

Aujourd’hui comme hier, Joseph Kabila s’est planté comme son prédécesseur Laurent-Désiré Kabila qui avait révoqué 315 magistrats sur proposition de son ministre de la Justice d’alors, Jeannot Mwenze Kongolo. Et ce, sans qu’aucun magistrat révoqué n’ait été invité à présenter ses moyens de défense !

Etonnant tout de même que Kabila Kabange qui a été obligé de rétablir les 315 magistrats révoqués par son prédécesseur, pour non respect de la loi, n’ait pas bénéficié d’une expertise nécessaire de ses services pour lui éviter de s’embourber de manière pitoyable. Vivement que le successeur désigné à Laurent-Désiré Kabila trouve rapidement les 15 collaborateurs qui lui manquent tant !

A la vérité, la révocation des magistrats par les Kabila n’est pas une panacée. C’est même une fuite en avant. Car, le véritable problème de la magistrature congolaise est d’ordre social et professionnel. En termes clairs, il est plus qu’urgent de réhabiliter le juge congolais à travers une rémunération décente et l’amélioration des conditions de travail. Il est donc question de rendre au magistrat congolais sa dignité d’homme. Simplement !

Faire des magistrats de boucs émissaires tout désignés comme les Kabila le font cyniquement, ce n’est ni plus ni moins que faire le choix de la politique d’autruche alors que des pans entiers de la société congolaise sont gangrenés par la corruption à une large échelle.

Si au niveau des autorités politiques à tous les niveaux et dans les organes générateurs des recettes publiques comme les régies financières, le détournement des deniers publics, l’enrichissement illicite et sans cause sont considérés comme un sport national, il est absurde de vouloir jeter la pierre au seul magistrat congolais, du reste martyrisé par son employeur, comme si lui seul pouvait être vertueux dans un océan de misères et de corruption.

Sans applaudir des magistrats qui se rendent coupables en tordant le cou à la vérité, dans l’administration de la justice, pour sortir de l’inconfort, il est tout de même curieux qu’il se trouve des avocats d’un barreau de Kinshasa pour applaudir, en dépit de la violation de la loi, la révocation des magistrats par Kabila Kabange « couvert » maladroitement par certains membres du Conseil supérieur de la magistrature.

Il reste que si les avocats étaient rémunérés, comme les magistrats, par le gouvernement ils ne seraient pas si prompts à applaudir des mains et des pieds les égarements du leadership fainéant qui excelle par le pilotage à vue.