Président de la mémorable Conférence nationale souveraine (CNS) en 1991, puis président du Haut Conseil de la République ( HCR) et du Haut conseil de la République-Parlement de transition ( HCR-PT) de 1992 à 1997, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya aurait dû assumer la plus haute charge de l’Etat en 1997 si le maréchal Mobutu Sese Seko avait eu l’intelligence d’abdiquer de manière à couper l’herbe sous les pieds de l’AFDL. Hélas !

Soit !

Contrairement à ses prédécesseurs, Albert Joseph Malula et Frédéric Etsou, restés scotchés à leurs charges pastorales, Monsengwo Pasinya a savouré les délices de la vie politique et semble y avoir pris goût. Ce n’est pas illégitime.

D’ailleurs, ce n’est pas tourner le couteau dans la plaie que de rappeler que Laurent Monsengwo Pasinya avait œuvré à l’éclosion de la troisième voie, entendez l’élection par le HCR-PT de Léon Kengo wa Dondo comme premier ministre en vue de mettre fin au dédoublement des institutions de la transition caractérisé par l’existence du gouvernement issu de la CNS et celui issu du Conclave. Cela avait amené le prestigieux quotidien Umoja de Léon Moukanda Lunyama, d’heureuse mémoire, à inviter Mgr Monsengwo à ôter le masque et à ne plus se cacher sous sa « robe » d’évêque. On se souviendra de ce qu’à l’époque l’Udps et d’autres partis de l’opposition avaient pris des distances vis-à-vis de Mgr Monsengwo suspecté d’avoir œuvré, par action ou par naïveté, à l’avènement du dernier gouvernement Kengo. Tout cela c’est le passé.

Quant au prédécesseur de Monsengwo, quand bien même il était accusé par une certaine opinion d’avoir des accointances avec Mobutu, le cardinal Frédéric Etsou a marqué positivement les esprits au soir de sa vie en dénonçant le tripatouillage des résultats des élections de 2006 par la Commission électorale indépendante dirigée par l’abbé Apollinaire Malumalu. Dans une interview accordée à Radio France Internationale le 13 novembre 2007, Frédéric Etsou affirmait : «  moi, comme pasteur, je n’accepte pas ce mensonge. Je dis non à toute tentative d’imposer au peuple congolais un candidat devant juste satisfaire les appétits gloutons et prédateurs de ses commanditaires étrangers ».Kabila Kabange appréciera !

Avant Frédéric  Etsou, le cardinal Albert Joseph Malula avait pris des distances avec Joseph Mobutu à la suite de l’ivresse de son pouvoir. Malula fut contraint à l’exil à Rome. A son retour à Kinshasa, l’opinion garda de Malula l’impression d’un roseau qui se plie mais qui ne rompt pas.

Au moment où la gestion du Congo à démocratiser s’incruste dangereusement dans une navigation à vue caractérisée par l’enrichissement illicite des dirigeants, l’église catholique étant significativement la plus importante par rapport aux « binzambinzambi » dites églises de réveil dont nombre des pasteurs prêchent la résignation au profit du régime récalcitrant en place, le Congolais est en droit de s’attendre, de la part du chef de file de cette église, à  un message l’exhortant à sortir de l’obscurantisme et à lever son front longtemps courbé. C’est le seul message de libération. C’est aussi le chemin de libération.

Laurent Monsengwo peut-il relever ce défi ? On y croit à Congoone, à condition que Monsengwo et ses pairs de la Conférence épiscopale ne se contentent plus de leurs lettres pastorales appelant des dirigeants, devenus autistes, à œuvrer pour l’intérêt commun. C’est pourquoi l’exhortation de Saint Augustin est plus que jamais d’actualité : «  Dieu qui nous a créés sans nous ne peut nous sauver sans nous ».