Editorial
lundi mars 01, 2021
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Plus aucun doute, ça sera Daniel Ngoy Mulunda ! Après avoir fait durer le suspens, Kabila a fini par lever un pan du voile avec la transmission à l’Assemblée nationale de la liste de quatre délégués de la mouvance présidentielle à la Commission électorale nationale indépendante (CENI). En attendant sa désignation formelle, ainsi que l’avait annoncé Congo News, le pasteur Ngoy Mulunda, parent katangais de Kabila Kabange, remplacera Apollinaire Malumalu à la tête de la nouvelle CENI.

Alors que Ngoy Mulunda est membre fondateur du PPRD, il est curieux qu’on le présente plutôt comme émanation de la société civile. Homme de l’ombre et d’influence du régime des Kabila depuis 1997, Ngoy Mulunda se servira de sa posture de pasteur et de président de PAREC  ( programme œcuménique de paix)  pour œuvrer à la consolidation du régime des Kabila dont il est fidèle et perspicace serviteur depuis plus de treize ans.

On se souviendra de ce qu’au pré-dialogue intercongolais de Bruxelles organisé sous la houlette de Louis Michel en janvier 2002, l’arrivée de Ngoy Mulunda au Joly Hôtel du grand sablon où étaient logés les délégués venus du Congo était un moment de grande agitation. Une déléguée d’un parti de l’opposition à l’époque, et dont les membres sont aujourd’hui au gouvernement et au cabinet du président de la République, confia que Ngoy Mulunda était dépêché par Kabila à Bruxelles pour « motiver » financièrement les délégués de la société civile de manière à ce qu’ils apportent leur soutien indéfectible au président de la République  au Dialogue congolais proprement dit.

Ngoy Mulunda avait tellement bien fait son travail qu’à l’issue des travaux de Bruxelles les délégués de la société civile notamment Modeste Bahati Lukwebo, Athanase Matenda Kyelu, Marie Madeleine Kalala pour ne citer qu’eux revendiquaient, au grand jour et à haute voix, leur indépendance en affirmant ne vouloir plus servir des marches-pieds aux partis politiques dont l’UDPS nommément cité. La société civile acquise au changement comme à la Conférence nationale souveraine se conjuguait désormais au passé. Les politiques Lutundula Apala, Koyagialo et autres ne disaient pas autre chose.

Avec le recul de temps, il est aisé de comprendre que c’est depuis longtemps que l’idéal politique a cédé le pas au « realpolitik » sur fond des intérêts personnels.

Après Bruxelles, le pasteur Ngoy Mulunda poursuivra sa mission à Sun City en Afrique du Sud un mois plus tard en vue de prendre soin des membres de la société civile conditionnés de manière à apporter leur soutien sans faille à l’option levée pour que, dans tous les cas de figure, Kabila Kabange reste chef de l’Etat jusqu’aux prochaines élections.

Heureux d’avoir réussi à torpiller le dialogue intercongolais par la signature de l’accord de l’hôtel Cascades négocié avec Olivier Kamitatu par le trio qu’il composait avec Samba Kaputo et Vital Kamerhe, Ngoy Mulunda confia à des journalistes quelques heures avant que ledit accord ne soit rendu public qu’une solution politique avait été trouvée et qu’il y aurait des gens qui allaient verser des larmes. La suite est connue : l’accord qui faisait de Kabila président de la République et Bemba Gombo son premier ministre jusqu’aux élections n’a jamais connu un début d’exécution. Le marché des dupes avait néanmoins permis au camp Kabila d’infiltrer le MLC et de le fragiliser plus tard en débauchant plusieurs collaborateurs de Jean-Pierre Bemba Gombo dont Olivier Kamitatu, Thambwe Mwamba, Endundo Bononge, Antoine Gonda…

C’est bien ce Ngoy Mulunda là, qui agit sous couvert du PAREC devenu une sous traitante du gouvernement chargé de racheter les armes dont plusieurs avaient été distribuées à la population sous Laurent-Désiré Kabila en vue de faire la soit disant auto-défense populaire, qu’on voudrait faire passer comme un membre de la société civile susceptible de présider la CENI en toute neutralité. Ce pasteur et membre de la famille présidentielle intervient également dans le rapatriement des FDLR au Rwanda. En fait, Ngoy Mulunga c’est presqu’un officiel comme le fut son futur prédécesseur qui voyageait avec ordre de mission établi par la présidence de la République.

Pour ceux qui savent lire entre les lignes, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda est un homme d’église appelé à remplacer un autre homme d’église, l’abbé Apollinaire Malumalu. Aujourd’hui comme hier, l’église est utilisée pour servir des intérêts politiques du régime des Kabila. Ce n’est d’ailleurs là que la face visible de la conjuration. S’il n’est secret pour personne que bien des pasteurs des églises dites de réveil sont des collabos du pouvoir dont ils reçoivent des libéralités, d’autres pasteurs considérés jusque là comme « indépendants » sont rentrés dans les rangs après s’être vus offerts, pour ceux qui disposent des «  hôpitaux », en réalité des centres médicaux,  des équipements médicaux dont le coût est estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars américains. Lesdits pasteurs ont changé de discours depuis peu. Dans leurs prêches, des fidèles ont noté qu’ils ne s’embarrassent plus de mettre en relief la visibilité des cinq chantiers. L’argent, quand tu nous tiens !

A ceux qui croient aux élections annoncées en 2011 comme semble être le cas de l’Udps, de l’Urec et autres, Ngoy Mulunda qui arrive n’est pas un enfant de chœur. Comme Malumalu en 2007, s’il lui faudra embarquer à bord d’un blindé de la Monusco pour aller annoncer à la très officielle Radio télévision nationale congolaise la réélection de Kabila Kabange en 2011, il n’hésiterait pas un seul instant. C’est d’ailleurs le contraire qui étonnerait, les laboratoires de fiction politique du PPRD ayant déjà sorti des sondages dits à précision chirurgicale annonçant l’élection de Kabila, suivi par Etienne Tshisekedi qui réaliserait un score honorable( ?) mais pas suffisant pour l’emporter.

Mais, avec quel bilan Kabila pourra-t-il l’emporter dès le premier tour ? A l’AMP on est convaincu que le congolais est amnésique et qu’il n’a pas conscience de la signification de son vote. Voilà une prédiction que l’Udps et d’autres forces politiques soucieuses de doter le Congo d’un autre leadership doivent démentir s’elles ne veulent pas être accusées de participer à des élections dont la finalité est de légitimer un pouvoir aux services des intérêts étrangers.

Parce que même quand on désespère on espère toujours, la participation aux prochaines élections ne peut qu’être encouragée. Congoone y croit fermement à condition que le peuple qui a toujours raison ne se fasse pas voler sa victoire. On se souviendra de ce que face au général Gueï lors de l’avant dernière présidentielle ivoirienne, Laurent Gbagbo donné pour perdant gagna la rue en compagnie des ivoiriens pour dire non au hold-up électoral. Le général Gueï prit les jambes au coup et Gbagbo s’installa au palais présidentiel.

Moralité : que Ngoy Mulunda succède à Malumalu comme programmé à Kinshasa, le peuple congolais devra, par tous les moyens, défendre la démocratie en refusant un autre hold-up politique et électoral.