Editorial
mercredi novembre 13, 2019
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Laurent de Belgique, fils d’Albert II et de Paola, vient de rentrer de l’ex-Congo belge où il s’était rendu en dépit de l’opposition du gouvernement Leterme et même du Palais.

L’information balancée et commentée par la presse belge a de quoi faire sourire tant le prince est qualifié d’enfant terrible de la famille royale qui n’a pas entendu la voix de la raison l’exhortant à ne pas faire un déplacement susceptible d’être considéré comme une caution à Kabila.

Mais qu’est-il allé faire chez Kabila en compagnie d’un français, (ancien) avocat de Jean-Pierre Bemba Gombo alors que ce dernier est pris en otage par la très politique CPI ?

Armand De Decker, ancien président du Sénat belge, a la réponse. A l’en croire, la mission de Laurent était scientifique car le prince s’occupe des problèmes de déforestation au Congo. Très bien ! Mais depuis quand ?

 

Seulement, voilà, toujours prêt à défendre même l’indéfendable au nom d’une certaine fidélité à la royauté, Armand de Decker étonne l’opinion en affirmant que lui-même, consulté par Laurent, lui avait déconseillé de se rendre au Congo.

 

Et pour éviter le débat de fond sur les accointances entre certains officiels belges et le régime récalcitrant de Kinshasa, la villégiature de Laurent à Kinshasa est déjà communautarisée comme une certaine presse belge sait le faire. La RTBF, tout en se réfugiant derrière le conditionnel, soutient que c’est le Nord du pays qui est critique envers Laurent. Dont acte ! Congoone peut donc en déduire que le sud applaudit.

 

Pas étonnant quand on sait que c’est le sud du pays, mieux la Belgique francophone, qui estime que le Congo des Kabila est sa zone d’influence, presqu’une néo-colonie, où le tapis rouge est souvent déroulé quand nombre des politiques s’y rendent et qu’ils y sont constamment sous les feux de la presse congolaise, officielle et privée, alors que des ministres congolais en séjour en Belgique passent incognito.

 

Terre d’influence de la Belgique francophone, le pays de Kabila a vu plusieurs ministres et parlementaires francophones y jouer chacun leur petit cinéma, certains considérant même Kabila comme l’espoir du Congo alors qu’ils ne pourraient l’accepter comme échevin en Belgique. Qu’on se souvienne que durant leurs incessants voyages à Kinshasa, à leur retour du Congo, les Michel, Reynders, Onkenlix, Demotte, Milquet, Flahaut, Demayeur, Cerexhe…ont toujours soutenu que des progrès substantiels étaient enregistrés au Congo. Mais, lesquels quand l’enrichissement sans cause de ceux qui disposent de l’impérium est devenu un sport national, que l’armée gouvernementale et ses diverses milices et autres forces négatives sont impliquées dans les viols systématiques des femmes, voire des hommes, que la criminalisation de l’économie nationale ne s’était jamais aussi bien portée même du temps du maréchal Mobutu ?

 

Y-t-il meilleure preuve, aujourd’hui comme hier, que certains, en Belgique comme ailleurs en Occident, continuent à considérer les ex-Zaïrois comme des petits enfants dont le destin doit être défini à Bruxelles ?

 

Toutes choses restant égales par ailleurs, la villégiature de Laurent au Congo et les commentaires partisans qu’en fait une certaine Belgique rappelle à la mémoire collective congolaise l’œuvre d’Hergé, Tintin au Congo, à travers laquelle il véhiculait des clichés selon lesquels les sujets congolais de sa majesté le roi des Belges étaient de grands enfants, stupides et paresseux.

 

Pour rappel, cette description tirait son essence de la cruauté du pouvoir colonial dans son exploitation du Congo et de son peuple. Ce ne serait pas remuer le couteau dans la plaie que de rappeler que quand les nègres( !) de la colonie ne fournissaient pas le caoutchouc en quantité exigée, on leur faisait subir les pires exactions : mutilations, voire assassinats.

Plus d’un demi siècle après la colonisation, la meilleure manière pour la Belgique, de faire amende honorable auprès de son ex-colonie c’est d’œuvrer pour l’avènement de la démocratie avec à la clé la bonne gouvernance. Continuer à soutenir le régime des seigneurs de guerre qui se sont emparés du pouvoir d’Etat à Kinshasa c’est raviver, dans la mémoire collective congolaise, les pires souvenirs des exactions de l’ère léopoldienne.