Editorial
samedi août 17, 2019
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Il ne resterait aux Congolais que leurs yeux pour pleurer si l’annonce par Ngoy Mulunda de l’élection de Kabila comme président de la République avec 48% devant Etienne Tshisekedi, qui n’aurait récolté que 33%,  avait été une surprise.

Or, dès le choix porté sur Ngoy Mulunda Nyanga pour présider la CENI, on savait que sa mission était de déclarer Kabila président élu. Congoone ne croyait pas bien alerter l’opinion quand , dans son édition du 10 novembre 2010, sous le titre : « Ngoy Mulunda pour succéder à Malu Malu : l’église au cœur du prochain hold-up électoral » le président de la CENI désigné par Kabila Kabange n’est pas un enfant de chœur et que contre vents et marrées il ne s’offusquerait pas de proclamer Kabila président élu. Nous y sommes. Ce, en dépit d’importantes fraudes orchestrées pour escroquer le vote du peuple congolais.

Connaissant la religiosité du Congolais, Ngoy Mulunda surfa sur la corde sensible et émotive en mettant en exergue l’honneur de son « dieu » comme gage de sa détermination pour que les élections du 28 novembre 2011 se déroulent dans la transparence. On aimerait voir la tête que ferait le « dieu » de  Ngoy Mulunda Nyanga à la lumière de fraudes massives organisées au profit de Kabila Kabange qui ont transformé le laborieux processus électoral en hold-up électoral.

A la vérité, l’élection de Kabila Kabange était planifiée de longue date par les laboratoires de la kabilie qui avaient déjà programmée la réélection du président sortant suivi de Tshisekedi qui aurait un score honorable mais pas suffisant pour l’emporter.

Etonnant tout de même, la réélection annoncée de Kabila n’a pas suscité un concert de félicitations comme c’est souvent le cas. La Belgique et la France ont préféré prendre acte du résultat annoncé ce vendredi 09 novembre par Ngoy Mulunda tout en exhortant les perdants à suivre la voie légale en cas de contestation. Voilà une gêne mal dissimilée par des pays qui apportent leur soutien à la kabilie au point que malgré la flagrance des fraudes électorales, ils n’ont osé les dénoncer. Il est occidentalement politiquement correct de dénoncer des fraudes qui auraient lieu aux législatives en Russie et non au Congo.

Maintenant que faire face au hold-up électoral opéré par la Kabilie ? Etienne Tshisekedi a rejeté les résultats de la CENI et s’est déclaré président élu. Cette « autoproclamation » n’est pas sans rappeler le dédoublement des institutions après la neutralisation, par Mobutu, du gouvernement issu de la Conférence nationale souveraine en 1993. On se souviendra que le gouvernement « du peuple » d’Etienne Tshisekedi n’avait pas d’impérium face à celui de Faustin Birindwa ou par la suite celui de la troisième voie de Kengo wa Dondo.

Si symboliquement le fait pour Etienne Tshisekedi de se déclarer président élu a un sens, dans la pratique c’est le gouvernement de la kabilie qui aura l’effectivité du pouvoir, sauf si le peuple congolais dresse son front longtemps courbé en refusant que son vote ne soit volé par la kabilie. C’est l’unique plan B qui vaille la peine. Pour cela, les leaders politiques et autres doivent  encadrer le peuple, l’organiser et lui indiquer la voie à suivre, car la réélection de Kabila ne consacre pas l’échec d’Etienne Tshisekedi mais celui du peuple congolais qui n’a pas su placer à la tête du pays des dirigeants en qui il a confiance.

Le plan B implique aussi le refus du peuple congolais de participer à toute prochaine élection qui ne pourrait conduire à l’alternance de manière à doter le Congo d’un leadership national et responsable.

Les élections de 2006 et celles de 2011 n’ayant été organisées que pour légitimer la kabilie, il est temps pour que les Congolais imaginent un plan B susceptible de conduire au changement d’autant plus que la loi leur donne le droit de s’opposer par tous les moyens à tout individu ou groupe d’individus qui exercent le pouvoir par la loi de la force.

Il est temps de passer à l’action.