Editorial
lundi mars 01, 2021
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Aucune véritable perspective. Un discours d’autosatisfaction qui est l’expression de la navigation à vue dans laquelle est engagée le Congo à démocratiser 50 longues années après l’indépendance nominale « arrachée » à la Belgique en  1960. Voilà résumé le discours prononcé ce jeudi 31 décembre par Joseph Kabila Kabange pour marquer le passage de 2009 à 2010.

En effet, dans son message diffusé par la très officielle RTNC, Kabila Kabange a mis en relief sa volonté d’améliorer les conditions sociales des populations en 2010 notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’eau et de l’électricité, de l’habitat, de l’emploi ainsi que celui du relèvement du pouvoir d’achat.

Rien de neuf sous le soleil ! Car, ce catalogue de bonnes intentions n’est qu’un ramassis des priorités des cinq chantiers du citoyen président de la République.  Est-il que les ex-Zaïrois qui ont été nourris des promesses sans fin de Mobutu aux Kabila veulent voir pour croire. Car,  les fameux cinq chantiers rebaptisés avec une belle pointe d’ironie populaire en cinq sentiers manquent toujours de visibilité. Il ne pouvait en être autrement étant donné que la foi sans œuvre est une foi morte.

C’est certainement pour l’avoir compris qu’une bande de députés nationaux obligés d’observer la grève de la faim à la Noël pour n’avoir pas perçu les émoluments pendants deux mois est allée tempêter en début de semaine au cabinet du premier ministre, le PALU Adolphe Muzito. Si, comme ces dignitaires du régime, des fonctionnaires impayés également pouvaient avoir le privilège d’investir la primature pour se faire entendre, nul doute qu’il n’y aurait pas un seul mois de 32 jours.

Tout comme les fameux cinq chantiers qui n’existent que dans le monde des idées, Kabila Kabange reste lui aussi dans le monde de l’imaginaire où il semble le mieux inspiré. Voilà pourquoi il fait état des mesures courageuses de restructuration de l’appareil judiciaire prises en 2009 qu’il entend poursuivre et renforcer.

C’est à croire que les indélicatesses dans la gestion et la mauvaise affectation des ressources de l’Etat par ceux qui abusent de la puissance publique relèvent désormais d’un passé lointain. Or, le Congo des Kabila fait partie des élèves les plus assidus à l’école de la corruption. Et ce n’est pas le « méchant » Karel De Gucht qui le dit mais bien un député national congolais. Evaluant les trois années de la gestion des affaires  de l’Etat depuis le hold-up électoral de 2006, le député Lumeya note : « ce qui était dénoncé avant les élections persiste et s’enracine. Aucun dossier n’est traité sans qu’on exige un certain pourcentage ».

Et dire que Kabila Kabange avait sifflé, il y a trois ans déjà, la fin de la recréation en annonçant une lutte sans merci contre la corruption ! La tolérance zéro prônée devait pourtant se traduire par la bonne gouvernance, la démocratie et le respect des droits de l’homme. On est loin du compte pour ne pas faire état de la régression des libertés fondamentales dans un pays qui ne peut être considéré, même par l’absurde, comme un jardin où poussent les fleurs de la démocratie.

Alors que des pans entiers du pays demeurent des zones de non droit et que les « résistants » de Dongo n’ont pas encore dit leur dernier mot, Kabila Kabange ne semble pas s’en émouvoir outre mesure quand il déclare : «  pour la première fois depuis 15 ans, le peuple congolais renouvelle l’année dans la paix, sans bruits de bottes ni crépitement des balles sur toute l’étendue du territoire national ». Comment ne pas se demander sur quelle planète vit le champion de l’AMP quand on sait que les FDLR demeurent en territoire conquis sur le sol congolais et que c’est tout juste si leur capacité de nuisance aurait été réduite ?

Quand, le même jour, officiellement Kinshasa annonce que les opérations Kimia 1 et 2 au Kivu sont terminées et qu’on en est aujourd’hui à l’opération «  Amani lelo » (entendez la paix aujourd’hui) avec pour objectif avoué la consolidation de la traque des FDLR, on ne peut résister à la tentation de savoir si c’est Joseph Kabila qui est commandant suprême de l’armée congolaise au cas où elle existerait véritablement. Et puis, s’agissant des FDLR, sujets congolais, parce qu’ils existent selon la mission de l’ONU au Congo, on aurait voulu savoir pourquoi ils se battent contre leur patrie. Silence de cimetière à Kinshasa où la question gêne le régime du fait qu’elle rappelle l’épopée des Banyamulenge qui sont géniteurs du pouvoir actuel.