Editorial
lundi juillet 15, 2019
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Elio Di Rupo, premier ministre du royaume de Belgique, reçoit ce mardi 23 octobre à 11h à Bruxelles Augustin Matata Ponyo, premier ministre de Joseph Kabila.

Intervenant moins de dix jours après le XIVe sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa, la rencontre Di Rupo-Matata est sujette au questionnement dans la mesure où l’absence du premier ministre belge au sommet de Kinshasa a été commentée comme une manière pour Bruxelles de prendre la distance avec un régime qui est loin d’être un jardin où poussent les fleurs de la démocratie.

Après les critiques unanimes de la presse francophone belge qui n’a pas apprécié l’absence de Di Rupo au sommet de Kinshasa alors que le pays hôte permet à la Belgique de se prévaloir sur la scène internationale d’une expertise en Afrique centrale, le premier ministre socialiste semble s’être souvenu qu’entre les Etats il n’y a que des intérêts qui comptent. Il semble d’ailleurs que c’est en vertu de cette approche qu’en dépit du hold-up électoral de novembre 2011, Elio Di Rupo a été le premier chef de gouvernement occidental, à avoir reconnu l’élection de Joseph Kabila à travers une lettre à la formulation roublarde par laquelle il adressait ses félicitations à « l’ensemble du peuple congolais pour la tenue des élections qui vous ont reconduit au poste de président de la République ».

Si, comme il importe de le rappeler, le premier ministre socialiste belge a été le seul dirigeant occidental à féliciter Kabila Kabange pour sa réélection, là où d’autres s’étaient contentés hypocritement de prendre acte des résultats controversés publiés par la CENI de Daniel Ngoy Mulunda Nyanga, un autre bonze du parti socialiste belge n’avait pas fait dans la dentelle malgré les irrégularités massives ayant entaché les élections présidentielles et législatives de novembre 2011. Il s’agit du président de la chambre des Représentants, André Flahaut, qui avait congratulé, toute honte bue, le président de la Commission électorale nationale dite indépendante « pour le travail remarquable abattu afin de garantir un processus électoral digne d’une démocratie moderne » !

Comme quoi, pour les socialistes belges singulièrement, le Congo à démocratiser est déjà une démocratie moderne et digne. Pas de quoi faire rire même les vaches !

Il n’y a pas que les socialistes belges qui ont la faiblesse de croire que le Congo des Kabila  est engagé sur la voie du renforcement de la démocratie. Les libéraux dits réformateurs ne sont pas en reste. Recevant, il y a quelques mois une délégation des députés nationaux congolais de l’opposition à Bruxelles, Louis Michel, père de Charles, avait étonné ses hôtes en leur donnant des injonctions d’aller siéger à l’assemblée nationale pour ne pas suivre le mot d’ordre de boycott lancé par le président Etienne Tshisekedi. Un député de l’opposition membre de ladite délégation avait confié à Congoone sa déception de s’être retrouvé face à un député européen condescendant et aux accents d’un ministre des colonies !

En tout état de cause, la rencontre Elio Di Rupo-Augustin Matata Ponyo mardi prochain à Bruxelles sera un test de sincérité sur l’engagement de la Belgique aux cotés du peuple congolais sur la voie de la démocratie et des progrès sociaux dont s’est toujours vanté Elio Di Rupo.

On attend donc de voir si, comme François Hollande a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle, tant à Paris qu’à Kinshasa, de déplorer la situation intolérable tant sur le plan des libertés fondamentales que des avancées démocratiques,  le premier ministre socialiste belge va tourner le couteau dans la plaie congolaise gangrenée par la mal gouvernance doublée de la culture de prédation institutionnalisée.

Parce que même quand on désespère on espère toujours, on croit savoir que, contrairement à son ministre des Affaires étrangères dont la presse internationale a déploré, à l’occasion du XIVe Sommet de la francophonie,  la complaisance dans l’évaluation de la gouvernance congolaise, Elio Di Rupo aura de la hauteur qu’impose sa fonction lors de sa rencontre avec le premier ministre de Kabila Kabange. Simplement en tenant un discours de vérité et non en pratiquant la diplomatie de petits pas qui a souvent consisté à mordre à droite et à souffler à gauche.