Editorial
dimanche octobre 21, 2018
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Mardi 18 décembre 2012. Cité de l’Union Africaine à Kinshasa. Les patrons des médias publics et privés sont conviés à une conférence de presse animée par Joseph Kabila. Le chef de l’Etat rend compte de l’état de la nation après s’être livré au même exercice devant les sénateurs et les députés nationaux réunis en congrès trois jours avant.

Le moment est solennel. D’entrée de jeu, Kabila a une lecture bien curieuse de la genèse de la guerre qui déchire le Kivu. Pour lui, elle ne remonte qu’à février 2012 et est consécutive à l’indiscipline de certains officiers dont le général Bosco Ntaganda. Dont acte !

 

C’est en prestidigitateur que Kabila Kabange s’est adressé le samedi 15 décembre courant à ses fidèles obligés, députés élus en novembre 2011 de la manière que l’on sait, et sénateurs élus en 2006, à travers un discours consacré à l’état de la Nation.

Si, comme nombre d’ex-Zaïrois, Kabila a reconnu que les foyers de tension permanents à l’Est sont créés et entretenus dans la perspective programmée de la balkanisation du pays, il ne s’est pas offusqué de prendre la liberté avec des vérités.

En séjour en Europe depuis une semaine, le PPRD Augustin Matata Ponyo, premier ministre de Kabila Kabange, est sollicité par des médias dominants dont France 24 pour commenter le dernier sommet de la francophonie organisé à Kinshasa et l’actualité congolaise notamment en rapport avec la décision de la justice militaire de ne pas faire comparaitre John Numbi, principal suspect selon les parties civiles, comme prévenu dans le procès en appel dans ce qu’il est convenu d’appeler Affaire Chebeya.

Elio Di Rupo, premier ministre du royaume de Belgique, reçoit ce mardi 23 octobre à 11h à Bruxelles Augustin Matata Ponyo, premier ministre de Joseph Kabila.

Intervenant moins de dix jours après le XIVe sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa, la rencontre Di Rupo-Matata est sujette au questionnement dans la mesure où l’absence du premier ministre belge au sommet de Kinshasa a été commentée comme une manière pour Bruxelles de prendre la distance avec un régime qui est loin d’être un jardin où poussent les fleurs de la démocratie.

Après les critiques unanimes de la presse francophone belge qui n’a pas apprécié l’absence de Di Rupo au sommet de Kinshasa alors que le pays hôte permet à la Belgique de se prévaloir sur la scène internationale d’une expertise en Afrique centrale, le premier ministre socialiste semble s’être souvenu qu’entre les Etats il n’y a que des intérêts qui comptent. Il semble d’ailleurs que c’est en vertu de cette approche qu’en dépit du hold-up électoral de novembre 2011, Elio Di Rupo a été le premier chef de gouvernement occidental, à avoir reconnu l’élection de Joseph Kabila à travers une lettre à la formulation roublarde par laquelle il adressait ses félicitations à « l’ensemble du peuple congolais pour la tenue des élections qui vous ont reconduit au poste de président de la République ».