Politique
jeudi avril 26, 2018
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I. Les années « 80 »

Silence complice, inaction coupable ou fuite des responsabilités; c’est en ces termes que certains Congolais et observateurs extérieurs ont qualifié l’attitude des pionniers et autres anciens cadres de l’UDPS face à la crise grave que traverse ce parti depuis quelques temps.

 

 

En effet, née au début des années 80, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social a tenu en haleine toutes les catégories sociales du pays pendant une vingtaine d’années. Jeunes, vieux, hommes, femmes, religieux, journalistes, militaires, enseignants, commerçants, étudiants, syndicalistes, tous ont, de diverses manières, soutenu activement ce parti qui avait focalisé sur lui les espoirs et les aspirations de tout le peuple congolais.

Cette adhésion massive et cette confiance, l’UDPS les devait à la justesse de son combat et l’adéquation de son discours politiques, l’engagement et la détermination de ses cadres, de ses leaders et de ses membres dans le pays et dans la diaspora.

Dans les années « 80 », en effet, les membres de l’UDPS avaient un idéal et agissaient conformément à cet idéal. Ils donnaient tout, et se donnaient entièrement au parti. Beaucoup ont fait preuve d’une détermination et d’un courage extraordinaires. Même démunis de tout aujourd’hui, ce sont des véritables héros devant lesquels la démocratie retrouvée devrait faire sa révérence. C’est dire que tous ceux à qui il est donné de diriger l’UDPS aujourd’hui doivent être conscients du fait qu’ils ont en charge un capital bâti sur les privations des autres. Ils ont le devoir patriotique de le faire fructifier en conduisant impérativement l’UDPS au pouvoir afin que les sacrifices consentis ne l’aient pas été en vain. De la sorte, l’UDPS pourra jouer le rôle politique de premier plan qui lui est dévolu en République Démocratique du Congo et en Afrique pour l’amélioration des conditions de vie de nos peuples. Ils doivent également être conscients qu’au sein de l’UDPS existe cette charge émotionnelle particulière qui, bien gérée, peut générer une très grande capacité de mobilisation et une force capable de déplacer des montagnes.

II. UDPS, une coquille vide ?

« L’UDPS dans le brouillard », « L’UDPS, une coquille vide », « L’UDPS, le temps des désillusions », « L’UDPS, c’est fini »; ce sont là quelques titres de journaux parus ces derniers mois dans la capitale congolaise, conséquence du spectacle peu reluisant que donne le parti des Treize Parlementaires en ce moment. Ont-ils tous tort ces éditorialistes ?

Sans doute que, au travers de ces titres cinglants, ceux-ci versent en réalité des larmes, excédés et désabusés par la cacophonie au niveau des instances dirigeantes de ce parti et les conflits fratricides sous les yeux des militants ahuris, ou par la police, la Justice et les médias interposés. Ils ont sans doute aussi été déçus par la démobilisation des membres du fait du boycott des élections générales de 2006 et de la trop longue absence sur le terrain de la seule autorité structurelle  du parti unanimement reconnue. L’incapacité, le manque de courage ou l’absence d’une réelle volonté politique pour désigner une autorité de consensus à même de conduire les affaires du parti dans l’entretemps, l’absence de tout discours cohérent et mobilisateur sur les enjeux nationaux et les questions et d’actualité, l’absence d’orientations politiques précises et le chevauchement des structures de l’organisation ont fini d’éteindre les espoirs. Ces éditorialistes ont vu aussi, pendant plusieurs années, l’UDPS se mettre à manger ses propres enfants, ses propres cadres, analystes, stratèges, et autres leaders au profit des flatteurs, applaudisseurs et autres béni-oui-oui, jusqu’à se rendre inopérante et totalement léthargique. Comment dès lors s’étonner de tels titres dans la presse ?

III. Le sursaut d’orgueil.

Ces titres de presse, sans doute était-ce le but recherché, ne pouvaient que pourfendre le cœur de tous ceux pour qui, aux quatre coins du monde, les initiales « U.D.P.S. » signifient quelque de beaucoup plus profond que le simple sigle d’un quelconque parti politique né avec l’autorisation de Mobutu après le 24 avril 1990.

En effet, l’UDPS n’est pas un parti comme les autres; parce qu’il s’est bâti sur le partage de souvenirs communs faits de défis à la dictature de Mobutu et des violations des droits humains les plus élémentaires. Ce parti ne peut se comparer, dans une certaine mesure, qu’à d’autres mouvements politiques qui ont lutté pour une cause juste, tels l’ANC contre l’apartheid en Afrique du Sud, le MPLA pour l’indépendance de l’Angola, ou le Frolimo au Mozambique. Tous sont encore aux commandes de leurs pays respectifs jusqu’aujourd’hui. Dans le Zaïre de Mobutu, il s’agissait de combattre pour la conquête de la démocratie pluraliste, le respect des droits de l’homme, et l’amélioration des conditions de vie du peuple congolais. Et l’UDPS en a aussi payé le prix : arrestations arbitraires, tortures physiques et morales, assassinats, relégations, maquis, confiscations des biens, maisons incendiées, emplois perdus, faillites commerciales, ménages brisés, etc.

C’est pourquoi, le présent texte constitue, en fait, une exhortation à regarder dans la même direction pour tous ceux qui sont convaincus que l’UDPS peut encore représenter une force politique à même de défendre les intérêts du Congo et du peuple congolais, de se battre pour enraciner la démocratie pluraliste, d’améliorer les conditions de vie des populations congolaises, de faire du Congo un Etat de droit, une puissance politique, militaire, économique, et culturelle, un partenaire respecté et craint. Dans cette perspective, les principales batailles de l’heure s’appellent encore : bonne gouvernance, lutte contre la corruption, respect de la Constitution et des institutions de la République, constitution d’une armée puissante et de développement, paix et intégrité du territoire nationale, reconstruction du pays et redressement économique, justice sociale et diplomatie à la hauteur des ambitions du pays.

Gagner ces batailles ne relève point du miracle ; mais d’une action réfléchie, calculée, programmée, et concertée. Il s’agit de reconstituer une machine politique puissante à même de peser de manière déterminante sur la vie politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique nationale.

Un parti politique est puissant par le nombre de ses militants et sa capacité de mobilisation, certes ; mais aussi et surtout, en démocratie, par le nombre de ses élus : combien de députés nationaux, de sénateurs, de députés provinciaux, de gouverneurs de provinces, d’élus communaux et locaux, ainsi que sa capacité à produire des idées novatrices et des stratégies efficaces. Et, si ces élus sont politiquement bien formés et idéologiquement bien armés, c-à-d s’ils ne sont pas de simples jouisseurs, le Congo peut  retrouver rapidement la place qui doit être la sienne en Afrique et dans le monde.

Pour gagner le plus grand nombre d’élus aux échéances électorales, il faut être capable de convaincre la population congolaise, les potentiels stratèges et analystes à même de produire un travail intellectuel de qualité. Il faut pouvoir faire adhérer au parti des cadres qui soient susceptibles de défendre valablement la vision du parti dans divers secteurs de vie nationale, d’assumer avec compétence et engagement des hautes fonctions au sein de l’Etat Congolais, de mobiliser des moyens financiers conséquents pour le parti et son action.

Faire adhérer au parti ce genre de personnages exige de rendre celui-ci attrayant et prometteur. En effet, un parti éclaté en mille morceaux, avec quatre ou cinq Secrétaires Généraux, un parti dont les acteurs sont incapables de transcender les amours propres, incapables d’organiser un congrès fédérateur et structurel, un parti dans lequel le débat interne n’a pas de place, un tel parti ne peut pas être crédible et attrayant. Bien plus, tous ceux qui cherchent à entretenir la misère du peuple congolais ne seront toujours prêts pour soutenir de diverses manières et simultanément, les multiples ailes en vue d’entretenir la confusion et les divisions, et ainsi affaiblir, sinon faire disparaître à jamais, le colosse. Le zèle et la délectation dont fait montre la police congolaise pour disperser brutalement toute réunion de l’une ou l’autre aile du parti n’a pas d’autre signification.

Mais, pour tout observateur attentif,  l’UDPS peut encore inverser le courant ; ce n’est qu’une question de volonté et de détermination politiques.

Le parti a besoin d’une direction dynamique, visionnaire, solidaire, et faisant montre d’une détermination sans faille pour regagner la confiance. Il a besoin de mots d’ordre précis sur des matières qui concernent la vie de nos populations, une définition claire et précise des objectifs, le réarmement moral des militants, et une action énergique pour de nouvelles adhésions en vue de lui donner un nouveau souffle.

Il appartient à l’UDPS de prouver qu’elle est capable de conquérir le pouvoir en RDC et de le conserver démocratiquement pendant longtemps en se montrant capable d’opérer des choix politiques et économiques qui satisfassent les intérêts du peuple et qui permettent aux partenaires du Congo de se retrouver.

IV. Beaucoup de choses ont changé depuis 1982

Après plus d’un quart de siècle de vie politique, beaucoup de choses ont changé au Congo et dansle monde.

a. Une nouvelle génération.

Les enfants nés au lendemain de la création de l’UDPS totalisent 27 ans d’âge aujourd’hui. A leur éveil politique, ils ne connaissent pas les affres du régime de Mobutu. Ils ne peuvent donc pas apprécier à sa juste valeur le combat héroïque de l’UDPS. Et pourtant, ils constituent la très grande majorité de la population congolaise d’aujourd’hui. C’est donc eux qui constituent l’électorat qu’il est indispensable de convaincre pour gagner les élections. Un travail profond et assidu à leur endroit s’impose ; et celui-ci exige du temps.

b. Les choix stratégiques.

En 1982, l’affrontement politique opposait l’UDPS du Groupe des Treize au MPR Parti-Etat de Mobutu. L’UDPS s’était donné comme but la restauration de la démocratie pluraliste et le respect des droits de l’homme par des voies pacifiques. A voir la vie de millions de nos compatriotes gaspillée inutilement par les seigneurs de guerre assoiffés du pouvoir, sans pourtant apporter une quelconque amélioration aux conditions de vie de nos populations depuis une douzaine d’années, ni paix, ni sécurité, on se rend compte à quel point l’UDPS avait raison. Quel gâchis ! Et quelle perte de temps !

En 1982, c’était une opposition entre le bien et le mal. Le choix était clair ; et c’est l’UDPS qui gagna le cœur du peuple congolais. Aujourd’hui, le multipartisme a dilué les responsabilités entre plusieurs partis politiques. Par conséquent, c’est ce que l’UDPS veut faire, et comment elle entend le faire, qui est important à définir clairement, à communiquer et à vulgariser ; à savoir, l’amélioration des conditions de vie du peuple congolais tel que cela est exprimé dans les objectifs du Millénaire, la restauration de la dignité et du respect de l’Etat congolais, c’est la construction des infrastructures sur toute l’étendue du territoire national, c’est la révolution des mentalités et la restitution de la fierté du Congolais.

c. L’environnement international.

Absence dans l’agenda international. Ayant eu le vent en poupe pendant de nombreuses années, ayant disposé de cadres de très haut niveau, personne ne voyait comment le pouvoir pouvait échapper à l’UDPS. Nombreux étaient les responsables politiques et économiques dans le monde qui suivaient de très près l’évolution de ce parti et n’hésitaient pas à lui apporter un concours logistique, voir financier à certains moments. Tous voulaient être amis de l’UDPS.

Mais, sous la transition, et en l’absence d’un Congrès de refondation après la longue période de la clandestinité, ce parti n’a pas su exploiter l’immense soutien populaire dont il bénéficiait pour transformer le pénalty en accédant au pouvoir ; bien que celui-ci fût à sa portée à maintes reprises. Le boycott des élections et l’absence de plusieurs années de son président de la scène politique congolaise sans que le parti ait été à même d’organiser son intérim ont fait passer l’UDPS pour un parti déstructuré, sans avenir, incapable de survivre à son leader. Beaucoup se sont mis à en déserter les rangs.

Quant aux partenaires extérieurs, cela est bien connu, ils recherchent des alliés en qui ils peuvent investir. Et on n’investit que là où cela peut rapporter. Devant la réalité du moment, beaucoup ont lâché prise.

Obama. En novembre 2008, l’Amérique a placé Barack Obama à la magistrature suprême de la première puissance mondiale. Ce dernier, alors qu’il n’était encore que Sénateur de l’Illinois, avait initié, en 2005, un projet de loi sur la RD Congo. Cette loi, qui fut adoptée en 2006, engage les Etats-Unis à :

reconstruire la RDC,

y développer des structures politiques durables,

tenir pour responsables les gouvernements étrangers qui tentent de déstabiliser la RDC,

mettre fin à la corruption politique,

professionnaliser les forces armées,

réduire les violences sexuelles,

soutenir les victimes d’abus sexuels ».

autoriser « la mise à disposition de 52 millions de dollars d’assistance à la RDC ;

affecter un Envoyé spécial des USA chargé de résoudre les violences récurrentes en RDC ;

soutenir la Monuc.

L’initiateur de cette loi, devenu entretemps le Président des Etats-Unis d’Amérique, s’est encore publiquement exprimé à maintes reprises, de même que son Secrétaire d’Etat, sur la situation de la RDC et la vocation de ce pays en Afrique. C’est dire que l’Administration Obama porte un intérêt particulier sur notre pays avec lequel elle voudrait manifestement traiter directement, sans intermédiaires.

Tirer partie de cette nouvelle donne et de cette opportunité exige du Congo un leadership politique patriote et visionnaire, de la bonne gouvernance, une action engagée et déterminée pour la réalisation des objectifs du Millénaire.

c. L’apport technologique. Contrairement à l’époque héroïque où il fallait passer des nuits entières à photocopier des tracts et autres documents politiques à envoyer dans toutes les provinces du Congo et dans tous les pays étrangers où vivait une communauté zaïroise plus ou moins importante, aujourd’hui, les mails et les sms facilitent énormément la tâche. Il est devenu possible d’atteindre des millions de personnes en quelques minutes en vue de sensibiliser sur un sujet ou de mobiliser même les habitants des territoires les plus reculés. La volonté et la détermination politiques, ainsi que l’adéquation du message peuvent permettre de renverser complètement la situation au profit de l’UDPS en très peu de temps.

V. Des déchirements inutiles.

a. Il ne faut pas se leurrer. L’on peut figurer dans les hautes sphères du parti et ne pas se faire élire aux élections. Un Secrétaire général ou même un président de parti peut être battu ; tandis qu’un simple militant peut se faire élire. Un membre ayant à peine adhéré à l’UDPS peut se faire élire au détriment d’un pionnier. Les élections de 2006 sont pleines d’enseignements à ce sujet : on a pu voir un simple membre élu de tel parti politique, devenu membre du Bureau de l’Assemblée Nationale, engager l’un des vice-présidents de son parti dans son cabinet en qualité de conseiller. Question : qui est au-dessus de qui ?

L’essentiel, donc, c’est que l’UDPS obtienne le plus grand nombre possible d’élus, afin qu’elle puisse jouer un rôle politique important dans le pays et qu’elle puisse être crédible comme partenaire sur la scène politique internationale. De la sorte, ses élus, ses mandataires et le parti lui-même pourront faire jouer la solidarité au profit de ceux et celles de ses combattants fidèles qui n’ont pas eu la chance de recueillir suffisamment de suffrages. C’est pourquoi, il est illusoire de s’entredéchirer pour des postes au sein du parti. Il y a risque de dilapider les énergies et de s’affaiblir inutilement. Ainsi, combien n’est-il pas désolant de voir des membres et sympathisants du parti, propriétaires des organes de presse importants de la place, se complaire dans le règlement de compte au lieu d’utiliser ceux-ci pour mobiliser en faveur de l’UDPS. Ce qui est déterminant, c’est de concevoir des messages, ainsi que des stratégies efficaces et efficientes en vue de gagner les cœurs et mobiliser massivement les populations congolaises.

b. D’autre part, les temps ont changé. Il y a maintenant une multitude de partis politiques qui participent effectivement au pouvoir d’Etat, pour les uns, et qui sont dans l’opposition institutionnelle ou pas, pour les autres.

Ainsi placée en position de concurrence, l’UDPS doit démontrer qu’elle sera plus à même de répondre effectivement aux attentes du peuple congolais, de gérer la République avec compétence, probité morale et patriotisme. Pour ce faire, elle devra recruter à tour de bras dans tous les milieux sociaux, dans toutes les provinces, dans tous les territoires et dans la diaspora afin de disposer d’hommes et de femmes bien armés idéologiquement pour être convaincants.

L’UDPS devra être capable de recruter beaucoup de jeunes dans les universités, les instituts supérieurs et les écoles secondaires, de les former politiquement et de les armer idéologiquement afin de les préparer aux hautes charges de l’Etat (pas une université, école supérieure ou secondaire sans son Comité de l’UDPS), et cela sur l’ensemble du territoire national.

C’est dire que les déchirements actuels ne peuvent être que la conséquence d’une mauvaise appréciation des enjeux et d’une sous-estimation de l’effort à fournir pour ramener l’UDPS au sommet de la montagne. En effet, il est indispensable que l’UDPS refasse son unité autour de ses valeurs fondatrices. Elle doit pouvoir vendre au peuple congolais un véritable programme de développement et de reconstruction, dans lequel toutes les provinces se retrouvent réellement. Elle doit s’ouvrir à d’autres personnalités et courants politiques, à la société civile, et à tous ceux qui s’étaient retirés et qui avaient, par dépit, créé d’autres partis politiques. Ceux-ci pourraient se constituer en courants au sein de leur ancien parti. L’UDPS est encore en mesure de mobiliser les masses dans cet environnement politique marqué par la misère, l’insécurité et autres frustrations sociales. Encore faudrait-il que ceux qui la dirigent le réalisent et y croient.

c. Un Parti du pouvoir. L’UDPS n’est pas un parti d’opposition ; comme si elle était condamnée à n’œuvrer que dans l’opposition. C’est un parti qui est destiné à présider aux destinées de la République Démocratique du Congo, à tous les niveaux du pouvoir.

C’est dans cet esprit qu’elle doit se doter de Secrétaires Nationaux, véritables experts, chargés de suivre les activités du gouvernement dans un ou plusieurs secteurs de la vie de la nation en vue d’en maîtriser les dossiers et, ainsi, permettre au parti d’exprimer des positions justes et d’être immédiatement opérationnel en accédant au pouvoir.

Elle doit se choisir des leaders locaux compétents et dynamiques qui serviront de relais pour l’éducation politique et la mobilisation. Ce sont eux qui permettront la revitalisation du parti à la base et seront indispensables au moment de la campagne électorale.

Elle doit rechercher et identifier des hommes et des femmes qui allient engagement politique et compétences managériales, charisme et patriotisme, ainsi qu’une grande capacité de consensus, des rassembleurs. C’est à ceux-là qu’il faudra confier les rênes du parti et de la nation.

Le Congo a besoin d’un leadership responsable, éclairé, patriote, capable de négocier avec les partenaires les intérêts réciproques, et non d’un leadership de jouisseurs, spécialistes de la poudre aux yeux.

C’est cela que tous les membres de l’UDPS doivent intérioriser.

VI. Savoir lire les signes du temps

Derrière la guerre des Titans que se livrent certains responsables de l’UDPS se cache, en fait, une sournoise guerre de succession qui ne dit pas son nom. Pourquoi, alors, ne pas jouer franchement cartes sur tables dans le respect des institutions du parti, au lieu de tenter des coups d’Etat ? Les ambitions sont légitimes ; mais dans un parti qui se respecte, on doit avoir mis sur pied les mécanismes pour les gérer.

Il est vrai que, âgé de 76 ans, ayant affronté la maladie, marqué par des années de tortures morales et de relégations, le Président National de l’UDPS, qui, au-delà de l’idolâtrie ambiante, n’est qu’un homme de chair et de sang, pourrait accuser le coup. C’est pourquoi il est indécent de chercher à le faire prendre position pour un camp contre un autre. Une prise de position sage de sa part ne pouvant aller que dans le sens de la recherche de la réconciliation. Le problème ne se serait pas posé s’il existait un Premier et un Deuxième vice-président. Mais tel n’est pas le cas. Il faut donc imaginer les voies et moyens d’en sortir en préservant l’essentiel.

Toutefois, cette absence prolongée du pays aurait dû alerter tous ceux qui ne veulent pas voir l’UDPS disparaître de la scène politique congolaise. Le parti a aujourd’hui l’opportunité de faire preuve de sa maturité en prenant de sages décisions sur sa destinée. Il n’y pas lieu d’attendre du Président national en repos médical à l’étranger qu’il vienne réconcilier les antagonismes. Il faut faire une paix des braves, rechercher un compromis, se réconcilier et lui présenter les décisions adoptées par consensus pour entérinement.  Il devrait, en rentrant au pays, être accueilli par un parti réconcilié et non atterrir dans une fournaise. La crise à l’UDPS nécessite un dépassement de soi de la part de tous les responsables, beaucoup d’intelligence et d’humilité. Sans être capable de cela, l’UDPS risque de connaître le triste sort des MNC, le PRP, MPR, et Abako notamment. Tout le monde sera perdant et les ailes des orfèvres de cette catastrophe fonderont comme neige au soleil. En effet, dans les conditions actuelles, personne ne semble avoir l’autorité et la légitimité sur l’ensemble du parti. C’est plutôt l’auto contestation qui est la règle. Les contestataires seront à leur tour contestés, et ce sera l’inéluctable atomisation.

VII. Des atouts importants

Désorganisée et affaiblie par les divisions et l’effritement du leadership, l’UDPS détient encore néanmoins des atouts importants pour ceux qui veulent se ressaisir :

1. Bien que ne se manifestant plus, ou très mal par des querelles inutiles, l’UDPS est encore présente dans l’esprit et le cœur de beaucoup de Congolais, et cela dans toutes les couches sociales et aux quatre coins du pays. Il suffit de rallumer la flamme. Pour se faire, elle a pour alliés les plus convaincants les conditions de vie déplorables des populations congolaises, l’insécurité, la faillite de l’Etat, le non respect des institutions et de la Constitution, la corruption des gouvernants, la non prise en compte des priorités nationales, la menace sur l’intégrité du territoire, la flagrante discrimination entre les provinces dans la répartition du revenu national et des infrastructures, etc.

2. C’est le seul parti qui jouit encore d’une bonne représentation sur le plan international. Redynamisés, ses comités d’Europe, d’Amérique, d’Australie et d’Asie peuvent jouer un rôle très important pour la mobilisation de l’opinion internationale et pour le travail de lobbying.

 

VIII. Sortir de l’ornière

 

Devant la gravité de la situation, des dispositions exceptionnelles s’imposent. Un schéma de sortie de crise doit être imaginé. Les étapes pourraient en être les suivantes :

 

1. Désignation d’un facilitateur (Monsieur « Bons offices ») par le président National, avec un timing précis (30 jours maximum). En effet, le temps joue contre l’UDPS en ce moment, compte tenu de la proximité des échéances électorales. Celui-ci peut se faire assister de deux anciens qui ne sont pas alignés dans les courants actuels ;

 

2. Après ce délai, il devrait être mis sur pied un Exécutif d’Union et de Réconciliation, composé de 2 délégués par courant politique (les survivants du Groupe des Treize, le Collège des Fondateurs, l’UDPS Kibassa, l’aile Mutanda, l’aile Beltshika, la DPR, les Femmes et les Jeunes UDPS, etc). Ces délégués doivent être librement désignés par le courant qu’ils représentent. Cet exécutif d’union se désigne librement et par consensus, sinon par élection, un Bureau politique intérimaire composé d’un Secrétaire Général a.i., un Secrétaire Général adjoint a.i. chargé des questions politiques, un Secrétaire Général a.i. adjoint chargé de la réorganisation du Parti, un Trésorier Général a.i.. Ils auront en charge la gestion quotidienne du  parti. L’Exécutif d’Union et de Réconciliation aurait un mandat de trois mois non renouvelables.

 

Une conférence de presse doit porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale la nouvelle structuration et les nouvelles orientations du parti ; faisant ainsi la démonstration de l’unité retrouvée.

 

Missions de l’Exécutif d’Union et de Réconciliation :

- l’élaboration d’un programme d’action sur trois mois en vue de :

  • la restauration de l’image de l’UDPS et sa visibilité sur la scène politique
  • la remobilisation des membres
  • l’organisation du Congrès de Refondation de l’UDPS. Celui-ci devra notamment introduire des structures classiques à tous les partis modernes (un président, deux vice-présidents, un Secrétaire général, deux ou trois Secrétaires généraux adjoint, un Trésorier général et son adjoint, etc.) La désignation des animateurs des structures devra être entièrement et librement faite par les membres réunis en Congrès. Les Secrétaires Nationaux devront être désigné par le Comité Directeur. Ce Congrès devrait impérativement se clôturer le jour anniversaire de la fondation du Parti, le 15 février 2010.

- la réappropriation des travaux effectués dans l’entre-temps par les divers courants ou les différentes ailes, y compris le Congrès de Righini,

- l’amorce de la préparation des élections générales.

 

L’objectif poursuivi étant le sauvetage du Parti et la mobilisation de toutes les énergies disponibles en vue de ramener l’UDPS au cœur de la vie politique congolaise, quiconque se revendiquant de l’UDPS se doit de mettre de l’eau dans son vin pour permettre la réconciliation. De même, quiconque entraverait cette démarche salvatrice serait considéré comme un éteignoir de l’espoir et devrait mériter une « fatwa » de toute la famille UDPS.

IX. Du Congrès.

Un parti politique ne se conçoit pas sans congrès. C’est celui-ci qui adopte en définitive le projet de société, les statuts, la ligne politique et le programme de gouvernement, met en place les structures, et en désigne librement et démocratiquement les animateurs, adopte la liste des candidats aux différentes élections et désigne le candidat du parti à la magistrature suprême. C’est cela qui permet à une organisation politique ou sociale d’avoir une vie propre, indépendante dans son fonctionnement par rapport à ses fondateurs, donne une chance égale à tous de prétendre à toutes les fonctions tant au sein du parti qu’à celui de la nation, et en garantit ainsi la pérennité.

Au Congo, malheureusement, les partis existent et ne vivent que par et pour leur fondateur. C’est cela qui fait que ceux-ci disparaissent avec la disparition du fondateur-propriétaire. Bien que l’UDPS ait eu la chance de ne pas avoir un seul fondateur, l’évolution récente, faite de l’impossibilité momentanée pour le Président National d’assumer les charges du parti pour des raisons de santé, a démontré que l’UDPS allait déjà à-vau-l’eau par manque de structures fonctionnelles (un président, un premier vice-président, un deuxième vice-président, etc.). C’est donc depuis 1990, en fait, que le parti aurait dû tenir son Congrès. Et il n’était pas nécessaire pour cela d’attendre des millions de dollars virtuels. C’était seulement une question de volonté politique. Cette volonté politique a fait défaut. Les conséquences sont payées aujourd’hui. En 2009, il est inconcevable que le Collège des Fondateurs soit encore considéré comme une structure décisionnelle du parti. En 2009, il est inconcevable que le parti se désigne encore des fondateurs et cofondateurs.

C’est pourquoi il difficile de condamner ceux qui ont bousculé les choses en organisant, malgré les difficultés prévisibles, le premier congrès à Kinshasa voici quelques mois. Il fallait sortir du cercle vicieux et de l’inaction. De même, il y a lieu de comprendre ceux qui, à juste titre, estiment que le Congrès de Righini n’était pas suffisamment représentatif. Un Congrès doit être rassembleur et non réunir une partie des militants, laissant les autres sur le tapis. Ainsi donc, toute attitude du Président National ou de tout autre haut cadre qui consisterait à prendre position pour un camp contre un autre ne pourrait qu’être destructrice. Il faut agir pour la réconciliation ; et au besoin l’imposer.

En ce qui concerne le Congrès de février 2010, cela ne vaut pas la peine de tabler sur des hypothétiques millions de dollars ; car ils seront introuvables. Il faut s’organiser en conséquence, et avec le peu. D’autre part, c’est dès à présent que sa préparation matérielle et intellectuelle devrait commencer, si on veut lui donner une chance de succès et préparer à temps les échéances électorales. Comme à la guerre, on ne va pas aux élections en étant divisés, au risque de se faire laminer et disparaître à jamais de la scène politique.