Politique
vendredi décembre 15, 2017
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Le macrocosme politique de la RDC a bougé depuis le retour au pays d’Etienne Tshisekedi, le mercredi 27 juillet 2016. Ce retour, en chair et en os, du sphinx de Limete a redonné de la voix à la population qui ne savait plus exactement sur quel pied danser. Tant, sur le plan politique, plusieurs projets contradictoires entre eux affichaient des ambitions des uns et des autres, d’un côté et de l’autre, on pouvait noter l’émergence d’autres leaders, l’émergence d’autres cartels. Pour tout compliquer, le chemin vers la démocratisation est parsemé, comme jamais, d’embûches. En fait, tout peut arriver et à tout moment, car l’horizon est véritablement truffé de beaucoup d’inconnus.

La MP n’a qu’une seule option

En perspective, pour les acteurs de la MP qui échafaudent sans cesse leur plan, les choses sont très claires. Les élections sont renvoyées aux calendes grecques dans le dessein de maintenir Kabila au pouvoir en vertu de l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle dans ce sens. Mova Sakanya, le secrétaire général du PPPRD, ne s’est pas du tout gêné en affirmant péremptoirement que dès lors que ladite Cour avait tranché sur la question, tout le monde devrait se taire, - le terme nous semble très fort -. Ainsi, cohérents avec leur plan, la démarche était amorcée pour avaliser leur option par l’ensemble de la classe politique. Le dialogue, selon le format impulsé par Kabila, ne devait servir en réalité qu’à cela. Cette intention, non cachée par ailleurs, a fait redouter certains partis politiques de s’engager face à ce qui était déjà prédéterminé, boutiqué à l’avance. De plus, un certain courant d’idées voit très mal comment s’asseoir sur une table de négociation avec un dictateur, doublé du chapeau d’occupant, quand on sait pertinemment bien son jeu. Cela équivaudrait, selon toujours cette tendance, à une trahison contre les intérêts de la nation.

Genval ou le renforcement de l’opposition

Du côté de l’opposition, les choses n’étaient pas aussi simples. Comme toujours, ce camp faisait face à des divisions atroces en dépit de quelques convergences. L’UDPS continuait à arborer sa feuille de route indiquant les modalités pratiques à suivre pour le dialogue inclusif, suivis en cela par un bon nombre de partis alliés. Mais, il fallait attendre la rencontre de Genval, en Belgique, qui a recadré les choses en regroupant plusieurs partis politiques sous le label du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement. Ce pas de géant a eu le mérite de donner une dimension plurielle à la démarche de l’UDPS. La présence du G7 d’abord et l’adhésion de l’UNC à la déclaration de Genval ont permis une avancée formidable dans le camp de l’opposition. Forte de cette unité, l’opposition continue de réclamer la tenue des élections dans les délais constitutionnels. Tshisekedi l’a répété dans son meeting du 31 juillet. Il est même allé plus loin en donnant un préavis de trois mois au locataire de Mont Ngaliema. Il l’a sommé de libérer la « maison » au plus tard le 19 décembre à minuit. L’APRODEC et bien d’autres associations avaient estimé qu’il est encore possible d’organiser les élections au courant de cette année. Cette option vient d’être relancée avec force par le « Forum Citoyen des Forces Vives de la RDC» qui a présenté ce projet de faisabilité le samedi 30 juillet dans la salle paroissiale de l’église Fatima à Kinshasa.

Le peuple invité à jouer son rôle pour dénouer la crise

Le bras de fer engagé entre les différentes forces politiques ne pourrait trouver d’issues sans l’entrée en jeu d’un acteur aussi important que déterminant qui est le peuple congolais. C’est ce peuple meurtri qui est au centre de toute cette dynamique politique qui devra, par son sens de responsabilité devant l’histoire, conditionner la suite des choses, dans un sens ou dans un autre. Le peuple est appelé à jouer sa part, à déterminer son sort par des actions pacifiques ou par la révolte. L’idéal serait qu’il aille aux élections pour déterminer son sort dans les urnes afin de permettre l’alternance politique…. Toutefois, au-delà de la configuration électorale, la perspective de la situation politique actuelle est différente. Il ne s’agit pas seulement d’aller voter pour choisir la personne ou les personnes devant le représenter. Mais, il s’agit ici et avant tout de faire respecter la loi (fondamentale) pour que Kabila ne continue pas l’exercice de ses fonctions au-delà de la date prescrite par la constitution. Les manœuvres dilatoires de la MP visant à bloquer sciemment la tenue des élections sont si évidentes que le peuple souverain devra enfin de compte se prendre en charge. Dans le texte du meeting du leader de l’opposition, il y a beaucoup de choses qu’on peut retenir ou mettre en lumière. De notre point vue, une phrase apparait capitale d’autant plus qu’il y avait beaucoup de spéculations et même de moqueries à ce sujet  quand, Tshisekedi, à la recherche de l’imperium, avait demandé à la population congolaise de lui laisser faire les choses «  bolala pongi ya ba bébés », car, il travaillait fort pour avoir la situation en main. Le temps s’est largement écoulé et il est revenu maintenant sur cette parole pour dire d’abord deux choses : primo « Fini le sommeil ! » et secundo «  Réveillez-vous ! ». Il enfonce enfin le clou en demandant au peuple ce qu’il a toujours dit et prôné avec véhémence : « Décidez de votre sort ».

La force de la parole

La parole avec toute la force qu’on lui reconnaît est lâchée. C’est au peuple de comprendre le message et de l’appliquer. Les acteurs politiques devront toutefois indiquer, une fois de plus, la voie  à suivre. C’est donc une action en syntonie entre le peuple souverain et les acteurs politiques engagés pour le changement qu’une solution pourrait être trouvée au casse-tête que les acteurs de la MP et Kabila, en personne, ont mis sur le chemin de la démocratisation du peuple congolais et de l’érection d’un Etat de droit au pays de Lumumba et de Kasa-Vubu.

 

Mwamba Tshibangu