Politique
dimanche octobre 21, 2018
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Après la validation des mandats et l’accomplissement des formalités d’usage, le dialogue entre les signataires de l’Accord du Camp Tshashi et l’opposition n’ayant pas participé auxdites assises débute le mardi 13 décembre 2016 et se terminera, en principe, trois jours après. Les 6 points inscrits au calendrier des discussions sont connus. Trouver un consensus sur ces points pourrait réellement décrisper la crise actuelle. L’espoir reste donc fondé. Toutefois, la pierre d’achoppement demeure le statut de l’actuel locataire du Mont Ngaliema après le 19 décembre à minuit. Ce point majeur risque, à ne pas en douter, de tout faire capoter.


Si l’idée d’une rencontre de dernières minutes est considérée, à juste titre, comme étant salutaire dans ce sens qu’elle pourrait éviter le soulèvement populaire et l’effusion du sang, beaucoup d’autres personnes demeurent cependant sceptiques. Ont-elles complètement tort ? Non, il faudrait leur accorder le bénéfice de doute d’autant plus que les politiciens congolais, toutes tendances confondues, privilégient plus les intérêts personnels au détriment des intérêts  collectifs. Et puis, dans un système qui fonctionne en actionnant à flot le levier de la corruption, se laisser engraisser est une tentation forte, très forte. Ce climat délétère a engendré la suspicion au plus haut degré.  Par ailleurs, en se basant sur des pratiques courantes dénoncées à maintes reprises contre les tenants du régime kabiliste, il est largement connu que pour faire avancer une idée ou pour promouvoir un projet tout se monnaye et la plupart de gens sont corruptibles.
Avant même que les négociations ne débutent, des spéculations concernant le partage du pouvoir étaient déjà en l’air. Certes, le champ des hypothèses est toujours grandement ouvert. Mais de là, à sauter aux conclusions toutes faites il y a un pas à ne pas franchir. Logiquement, il faut attendre l’aboutissement des négociations qui nous en dira plus sur les intentions cachées ou réelles de certains protagonistes. Dans cette perspective où la moindre suspicion pourrait causer des dégâts énormes sur la crédibilité et la réputation de certains hommes et femmes politiques et en considération du climat politique et social qui est certainement tendu, il serait d’une grande utilité publique que les débats lors des négociations soient retransmis en direct à la Télévision et sur les ondes de la Radio publique. Ça serait une grande victoire de l’exercice démocratique au nom de la transparence et du droit à l’information.
En acceptant de débattre publiquement, l’opinion publique saura finalement identifier la position de chacun et de tous. Personne ne pourrait se cacher sous des déclarations mesurées à la fin des séances pour tromper et éblouir le public. Le peuple aura l’opportunité de se rendre  compte de la cohérence entre les idées prônées et la réalité défendue évitant ainsi de tomber dans le piège des plus malins qui disent une chose pour décider finalement une autre.
Dans tous les cas, il faudra que le concept du respect de la constitution soit bien élucidé. Que ceux qui défendent le maintien de Kabila après 15 ans de pouvoir disent aussi comment le pays tiendra le coup sans sa présence dans un an ou dans deux ans selon l’échéance électorale qui sera retenue. Il serait particulièrement intéressant qu’à travers le débat l’on puisse aborder à fond la problématique de la longévité au pouvoir d’un individu face aux attentes du peuple. Pour réussir à imprimer sa politique sur le pays et à avoir un impact sur la vie des gens, faut-il nécessairement rester au pouvoir plusieurs années ?
En conclusion, nous pensons fermement, compte tenu du contexte politique actuel, que la retransmission en direct des pourparlers politiques est une exigence et une nécessité. Le public n’aura pas besoin d’apprécier la grandiloquence de certains, mais plutôt le pragmatisme et le réalisme politique face à une situation qui est potentiellement dangereuse. Qu’on se le tienne pour dit, le peuple congolais voudrait l’alternance le 20 décembre prochain. Passer à côté de ce souhait ardent et légitime, c’est déterminer si on est, oui ou non, en symbiose avec le peuple souverain. Grâce au direct, le peuple suivra et écoutera, sans filtre et sans aucun intermédiaire, les propos des uns et des autres. Ainsi, le mur de suspicion tombera de lui-même et la confiance renouvelée avec le peuple se fera sur une base de vérité, et non sur des propos véhiculés, à tort ou à raison, sur la place publique.  Que les évêques de la CENCO trouvent une formule pouvant permettre au peuple de suivre soit en direct, soit en différé, ce dialogue afin que le souverain primaire se fasse une idée exacte des acteurs qui auront conditionné, par leurs actes et prises de position, le destin de l’existence commune.

Mwamba Tshibangu