Politique
mardi novembre 21, 2017
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''Le crime de pensée est la mort'' (G. ORWEL)

''Une bonne révolution '' est celle qui, rendant 'révolu ce qui nuit à ''la chose commune'', à l'identité, à la fierté et à la dignité humaine, aide le peuple à devenir ''le démiurge'' de sa propre destinée collective. Elle se réalise, comme à tâtons, grâce aux actions patientes et organisées sur le court, moyen et long terme par des citoyens conjuguant en permanence conscience et connaissance historiques ; des citoyens consciencieux, conscients des enjeux et des acteurs en présence et ayant une bonne maîtrise de leur histoire archivée. Elle n'est pas une génération spontanée. Elle ne peut pas se résumé en une réponse fétichisée à l'appel de quelque ''gourou' que ce soit.

Le Congo-Kinshasa connaît, depuis ''la guerre de l'AFDL'' (et même longtemps avant), une situation de néo-colonisation permanente. Celle-ci fut pensée. Jules Chomé citant ''un haut fonctionnaire de la colonie''ayant publié un texte sous le pseudonyme de M. Staelens, note ce qui suit : «En fait notre politique répondait à la fois à un fond de lâcheté, à l'obsession de la guerre d'Algérie, et à un calcul assez machiavélique. M. de Schrijver a octroyé l'indépendance tout de suite mais il n'a opéré aucune des réformes préconisées par M. Van Bilsen. La raison en est qu'il n'a jamais entendu accorder aux Congolais qu'une indépendance purement fictive et nominale. Les milieux financiers ont cru fermement, car nos milieux politiques ont surtout été naïfs, qu'il suffirait de donner à quelques Congolais des titres de ministre ou de parlementaire, des grands cordons, des autos de luxe, des gros traitements, des maisons somptueuses dans la cité européenne pour arrêter définitivement le mouvement d'émancipation qui menaçait leurs intérêts. » (J. CHOME, 1974,p. 23-24)Ce texte dit plus ou moins ce qu'est la néo-colonisation. Elle est la confiscation (et le contrôle) des moyens matériels (de l'outil de production) par les milieux financiers de l'ex-métropole en échange des titres, de l'argent et d'autres biens de consommation accordés aux autochtones. Quelle la visée de cette confiscation ? L'arrêt définitif du mouvement d'émancipation politique de ces derniers.Il y a dans ce processus machiavélique un fond de paternalisme. Sur quoi ce processus est-il fondé ? Sur le mépris des autochtones. Et Jules Chomé note à ce propos ceci : « Ce calcul, pour machiavélique qu'il soit, en constituait pas moins une aberration : il comptait pour rien la personnalité des leaders congolais que le peuple allait portait à la tête du pays. » (Ibidem, p.24).

Ce processus machiavélique ne pouvait pas supporter un homme libre de la trempe de Lumumba.

Son assassinat y obéit. Il en va de même du choix de Mobutu. De 1966 à 1969, Mobutu et la Banque nationale du Congo seront conseillés par le secrétaire exécutif du FMI et de la Banque mondiale, M. Jacques De Groote. Cela veut dire que le titre de ''président'' donné à Mobutu ne lui permet pas de rompre avec le contrôle de toute l'économie congolaise par les milieux financiers occidentaux. La zaïrianisation de 1973 n'y fit rien. Elle fut un échec cuisant pour le pays. Et l'imposition des Programmes d'Ajustement Structurels (PAS) vers les années 1980 va confirmer ledit contrôle. Elle va précipiter la descente du pays aux enfers tout en rendant impopulaire M. Mobutu. Disons que les PAS ont servi comme une arme entre les mains des milieux financiers pour fragiliser un pays, le Zaïre, qu'ils voulaient avoir sous leur contrôle en remettant aux calendes grecques l'indépendance réelle du pays. ''La guerre de l'AFDL'' c'est-à-dire la guerre raciste de basse intensité et de prédation menée contre le Congo-Kinshasa à partir des années 1990 est une deuxième arme utilisée par les mêmes milieux financiers avec l'aide de certains compatriotes africains et congolais.

Relire cette histoire permet de relever une constante : l'indépendance fictive et nominale du Congo-Kinshasa a conduit à la confiscation de son indépendance économique depuis 1960 jusqu'à ce jour.

Les titres ''politiques'' et les biens matériels acquis par les Zaïro-congolais ayant participé, de près ou de loin, de gré ou de force, à ce processus machiavélique n'a mis fin ni à cette indépendance fictive et nominale, ni à la confiscation de l'indépendance économique par les milieux financiers occidentaux et mondiaux, ni au mépris, ni à l'instinct de domination de ces milieux pour les Congolais(es). L'exacerbation du mépris et de l'instinct de domination a disqualifié l'identité congolaise. L'esprit paternaliste a engendré un infantilisme, un esclavage volontaire et un complexe d'infériorité dont plusieurs compatriotes ''titrés politiquement'' font montre à l'endroit de ceux qu'ils ont convenu d'appeler ''les décideurs''. Cette néo-colonisation des cœurs et des esprits est un processus permanent. Il touche le contexte historique actuel au cours duquel l'homme congolais et la femme congolaise posent la question d'une révolution, d'une bonne révolution à même de leur rendre la dignité, la fierté et le bien-vivre.

Dans, ''La médiocratie''(2016), Alain Deneault a une approche de la révolution très intéressante. Pour lui, la révolution consiste à ''rendre révolu ce qui nuit à la chose commune''. Quelle est ''la chose commune'' des Congolais(es) ? C'est leur ''res publica'', leur pays. Qu'est-ce qui nuit à ce Congo ? C'est un vieux processus de néo-colonisation exacerbée par l'ultralibératisme et violence qui l'accompagne. Il est possible de soutenir aussi, dans le contexte congolais, que la révolution consiste à ''rendre révolu ce qui nuit à l'identité, à la fierté et à la dignité congolaise''. ''Rendre révolu'' devrait s'inscrire dans un processus historico-politico-éthique plus ou moins long. Lequel processus devrait être porté par les intellectuels organiques et structurants au cœur d'une dynamique d'apprentissage en commun avec les masses populaires.

Des pratiques de désenvoûtement communautaires (ou collectifs) de l'esprit paternaliste, du complexe d'infériorité du larbinisme et de l'esclavage volontaire sont indispensables à ce processus.

Elles peuvent être facilitées par des débats (argumentés) portant sur ces questions du genre : « Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment faut-il faire pour protéger notre ''res publica'' ?

Quels sont les gardes-fous à inventer pour éviter la répétition de l'histoire (avec ses paradigmes de néantisation et de l'indignité ? Comment pouvons-nous collectivement lutter contre notre néo-colonisabilité tout en restant des segments d'une humanité diverse et diversifiée ? Comment pouvons-nous créer les moyens matériels,militaires, culturels et spirituels de notre émancipation politique ? Pourquoi certaines de nos luttes conduisent-elles à servir la politique de l'autre, du ''diviser pour régner'' ? Que nous faut-il pour imaginer un grand rêve pour notre ''res publica'' ? ».

Privilégier les lieux de débats, de la participation, de la délibération et des décisions collectifs présente l'avantage de privilégier le raisonnable et le rationnel qui est au cœur de notre ''NTU''.

Cette procédure permet un avancement. Et des débats argumentés peuvent constituer un frein contre la démagogie. Les démagogues flattent et exacerbent les passions tristes (haine, jalousie, envie, ressentiment, méchanceté, etc.) des populations pour les maintenir dans l'état de la populace en évitant de faire appel à leur raison ou plutôt à leur liberté rationnelle et raisonnable.

Les tyrans avides de sang peuvent aussi, au nom du ''peuple'', recourir à la démagogie afin d'asseoir leur tyrannie après avoir coupé les têtes. Pour eux, la révolution est réduite à l'assouvissement de leur soif de sang et non à la transformation en profondeur des conditions du peuple réduit à la populace. ''Une bonne révolution '' est celle qui, rendant 'révolu ce qui nuit à ''la chose commune'', à l'identité, à la fierté et à la dignité humaine, aide le peuple à devenir ''le démiurge'' de sa propre destinée collective. Elle doit être coûteuse. La victoire sur les passions tristes est un ouvrage à remettre constamment sur le métier au niveau tant individuel que collectif(de débat). Elle est une u-topie pour laquelle il vaut la peine de se battre.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961