Politique
dimanche juillet 15, 2018
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Depuis plus de deux décennies, le Congo-Kinshasa est en guerre. Il y a quelques semaines, des compatriotes congolais ont fait circuler une vidéo de Riccardo Petrella parlant de la guerre. Je croyais qu'il allait, plus tard, établir un lien entre cette vidéo et la guerre raciste de prédation et de basse intensité que notre pays connaît depuis les années 1990. Non. Plusieurs sont passés à autre chose... Ils disent avoir identifié le véritable ennemi du pays : alias Joseph Kabila, le kamikaze.

Je rappelle ce que disait, entre autres, Riccardo Petrella : ''La guerre est faite, non pas contre un quelconque ennemi, mais parce qu'elle est rentable. Elle est une activité économique''. Depuis quand, un kamikaze, sûr qu'il mourra d'une balle dans la tête, peut-il mener un guerre pour lui-même ? En principe, un kamikaze fait partie d'une organisation qui le téléguide. Cette petite vérité est en train d'être oublié par plusieurs compatriotes. Ils estiment que ''le petit réseau de prédation'' monté par ''le kamikaze alias Joseph Kabila'' et ses mentors dans la sous-région des Grands Lacs africains est ''le système'' à combattre.

Non. Ce ''petit réseau'' de ''voleurs de poules'' est un arbre qui cache la forêt.

Il serait faux de soutenir que ce ''petit réseau'' ne remplit pas sa mission d'extermination des Congolais(es), de pillage, de balkanisation et d'implosion du pays. Cela étant, il est un ''sous-système'' d'un système beaucoup plus large de la mondialisation néolibérale. Perdre cela de vue pourrait signifier, pour ceux et celles des Congolais(es) au front contre le petit ''sous-système'' passer à côté des enjeux majeurs face auxquels le Congo-Kinshasa est placé.

Au mois de mars, plusieurs compatriotes ont suivi le documentaire intitulé ''Congo : la guerre de minerais'' (https://www.youtube.com/watch?v=bzavJSgYXWM). Avant qu'il ne débute, un proverbe congolais défilent sur l'écran : ''Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui en souffre''.

Et tout au long de ce documentaire, la parole est accordée à certains agents de ''l'ombre'' tel que Bill Richardson. ''Le film donne la parole à des acteurs qui, dans les coulisses, ont participé à la sombre histoire. Bill Richardson était ambassadeur américain aux Nations unies à la fin des années 1990. L’ancien diplomate explique comment son pays a abandonné le régime kleptocrate de Mobutu afin de favoriser en sous-main l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFLD), emmenées par Laurent-Désiré Kabila.''
(En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/03/15/tv-congo-la-guerre-des-minerais-le-recit-d-un-desastre_5095053_1655027.html#F71HPtBmEEIlhtxr.99)

Plusieurs compatriotes mobilisés contre ''le kamikaze, alias Joseph Kabila'' ont tendance à oublier ces ''acteurs des coulisses''. Pourtant, ce sont eux ''les éléphants qui se battent''. Pourquoi ces compatriotes veulent-ils faire porter le chapeau au ''petit réseau du kamikaze alias Joseph Kabila'' ?

Et ce par amnésie ? Par larbinisme ? Par peur ou par choix du camp des ''pompiers-pyromanes'' ?

Deux lobbyings sont menés aux USA par ledit ''petit réseau'' et l'un de ses ''ex-membres''. Ils engagent beaucoup d'argent. Il est possible que plusieurs compatriotes aient perdu cela de vue.

''Le cinéma'' des rapports qui est en train d'être monté depuis quelques jours risque de cacher ''les éléphants qui se battent''. Non pas pour la souveraineté du Congo-Kinshasa et de son peuple, mais surtout parce que ''la guerre est une activité économique rentable''. Ce n'est pas tout. La guerre corrompt la culture, la civilisation, la politique et le social congolais. Elle les détruit en détruisant l'identité collective congolaise. Elle arrache le pays au contrôle souverain de ses habitants pour le livrer aux charognards de tous bords. Elle enferme les Congolais(es) dans une approche courtermiste de la vie et détruit leurs réservoirs des valeurs.

Tenu(e)s loin de l'analyse de tous ces enjeux, poussé(e)s à courir au quotidien derrière le manger et le boire, les Congolais(es) s'atomisent ; ils (elles) ne croient plus en une possible solidarité dans la lutte contre ''les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent''. Plusieurs versent dans le fanatisme et le culte de certaines individualités coachées par ''le programme TOMIKOTISA'' de la NDI.

''Le viol de l'imaginaire'' aidant, ils(elles) se haïssent et s'auto-flagellent. Ils oublient leur propre sagesse : ''Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre''.

Qui sont ces ''éléphants'' ? Nous ne le dirons jamais assez : ce sont les Etats-Unis (et leurs alliés) contre la Chine (et des alliés). Certains articles soutiennent qu'ils le font pour le contrôle du cobalt(http://theduran.com/china-vs-us-struggle-congo/.) Moi et les miens estimons que ce réductionnisme économique cache la régression anthropologique que cette guerre provoque dans notre pays depuis 1885. Elle est perpétuelle et raciste. Les USA n'ont jamais renoncé à leur esprit et conquêtes esclavagistes à l'endroit des noirs. C'est l'un des ''péchés originels'' sur lesquels ils sont fondés. ( Lire N. CHOMSKY, Requiem pour le rêve américain, Paris, Climats, 2017). Plusieurs d'entre nous se sont indignés au sujet de l'esclavagisme en Libye sans comprendre que le Congo-Kinshasa est esclavagisé depuis plusieurs décennies.

Et puis, je commence à douter même de cette fable des ''éléphants qui se battent''. Pourquoi ? Leurs multinationales ont des actionnaires américano-chino-franco-anglais. Ceux-ci coopèrent. Pourquoi les Congolais(es) doivent-ils (elles) être leur herbe qui souffrent ? (à suivre)

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961