Politique
lundi novembre 19, 2018
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Au Congo-Kinshasa, sur certains fronts de notre lutte collective, ''les minorités organisées et éveillées'' ne dorment ni ne sommeillent. Pendant qu'à Kinshasa, les débats sur les élections-pièges-à-cons révèlent leur appauvrissement historique et éthique, à Beni, des compatriotes lèvent le coin de voile sur ce qui est devenu, de plus en plus, ''un secret de Polichinelle'' : '' Enfin, soutiennent-ils, les FARDC (sic) confessent : il n' y a jamais eu des ADF. Les tueurs sont des envahisseurs''. Face à ce (re)dévoilement de la vérité et du mensonge systémique, les populations congolaises de Beni en colère voudraient en découdre avec leurs envahisseurs. Et l'ONU intervient pour les inviter à négocier. Réajuster nos débats nous exige d'y (re)intégrer la question de ''la balkanisation et de l'implosion du pays''.

En 2013, sous la direction de Kankwenda Mbaya et de Mukoka Nsenda, un groupe de compatriotes a écrit un livre merveilleux intitulé ''La République Démocratique du Congo face au complot de balkanisation et d'implosion''. Dans les milieux ''anti-complotisme'', ce livre n'a pas été accepté. (Je me souviens qu'un librairie a refusé d'en mettre quelques exemplaires dans ses rayons.) Plusieurs compatriotes congolais l'ont lu sans qu'il devienne une grande référence pour eux. D'ailleurs, il en va ainsi de plusieurs livres produits ces dernières années par des compatriotes voulant apporter leur pierre à l'édification d'un autre Congo.


Il y a quelques jours, un média alternatif en ligne a traduit en français une interview d'une grande qualité donnée en anglais par notre compatriote Bénédicte Kumbi. Personnellement, j'attendais qu'elle me soit recommandée par les compatriotes comme ils le font souvent pour certains textes et certaines vidéos, je n'ai rien reçu. Pourtant, l'actualité de cette interview (https://www.investigaction.net/fr/le-congo-dans-labime/) aurait pu aider des débatteurs congolais à concentrer leurs échanges sur certaines questions de fond que pose la marche historique du Congo-Kinshasa.

Curieusement, le débat congolais actuel semble s'attaquer aux problèmes de moindre importance en faisant l'impasse sur notre histoire collective. Les questions liées à la balkanisation et à l'implosion du pays de Lumumba sont abandonnées au profit des chamailleries entre thuriféraires, tambourinaires et applaudisseurs des copains et des coquins, adeptes du statu quo néocolonial et néolibéral. Ces chamailleries constituent de plus en plus une sorte de distraction pouvant contribuer à enfoncer davantage le Congo-Kinshasa dans le gouffre sans fond où il est déjà.


Si nous avions lu majoritairement le livre susmentionné, nous aurions su comment et pourquoi le projet de balkanisation et d'implosion de notre pays a été conçu, quelle méthode utilisent les balkanisateurs pour arriver à leur fin, quel usage ils font des sous-traitants dans la réalisation de ce projet, quelle importance ils accordent au temps long pour pouvoir produire des ''Etats ratés''.


Ce livre, à son douzième chapitre, attirait notre attention sur ''(la) décadence et (la) disparition du congolais comme peuple historique''. Ce chapitre aurait pu nous pousser à développer en permanence des mécanismes de résilience et de résistance à notre décadence et notre disparition collective comme peuple historique. Malheureusement, certains débats actuels semblent obéir au principe de l'affaiblissement collectif par l'application consciente et/ou inconsciente du principe du ''diviser pour régner''. Les symboles historiques de cette résilience et/ou résistance en prennent le coup.
Dieu merci. Sur certains fronts de notre lutte collective, ''les minorités organisées et éveillées'' ne dorment ni ne sommeillent. Pendant qu'à Kinshasa, les débats sur les élections-pièges-à-cons révèlent leur appauvrissement historique et éthique, à Beni, des compatriotes lèvent le coin de voile sur ce qui est devenu, de plus en plus, ''un secret de Polichinelle''. Cinq ans après la publication du livre susmentionné, '' enfin, les FARDC (sic) confessent : il n' y a jamais eu des ADF. Les tueurs sont des envahisseurs'' (benilubero.com/enfin-les-fardc-confessent-il-ny-a-jamais-eu-dadf-les-tueurs-sont-des-envahisseurs/?fbclid=IwAR0elnRE5hG-_p-jjnZOjDb1bp-tstc-rlkDP4XodUykRxGO1Z0ACCsw8bA).


Notre compatriote ayant rédigé cet article mentionne le fait que '' cette nouvelle n'est pas nouvelle''.
Il écrit ceci : ''La nouvelle n’est pas nouvelle ! Depuis plus d’un mois, députés (sic), intellectuels, écrivains, journalistes ont martelé : nous sommes en face des populations étrangères qui sont là pour occuper la terre de nos ancêtres ! Depuis les massacres, la population n’a jamais cessé de le dire. Le pays fait face à un complot international qui est déterminé à donner nos terres aux populations étrangères ! Malgré les preuves tangibles (véhicules pleins d’armes blanches, feuilles de route signées par les autorités, dénonciation, arrestation et présentation des envahisseurs aux autorités par la population etc.), le régime et la Monusco étaient décidés à mentir et à défendre bec et ongles tantôt la thèse des ADF tantôt la thèse des Islamistes. Et cela encore pas plus tard qu’avant-hier.''. Et l'expression ''complot international'' revient. Et ''la vérité est enfin (re) dévoilée''. ''Vérité eyaka na escaliers''. Elle est là. Elle s'inscrit dans le sens de ce qui était déjà présenté dans un documentaire intitulé ''Le conflit au Congo. La vérité dévoilée '' (https://www.youtube.com/watch?v=NMtgHzXZnIg)


Face à ce (re)dévoilement de la vérité et du mensonge systémique, les populations congolaises de Beni en colère voudraient en découdre avec leurs envahisseurs. Et l'ONU intervient pour les inviter à négocier sans penser au fait que ''les envahisseurs'' sont aussi des tueurs impunis depuis plusieurs années au cœur de ce ''complot international'', sans penser à proposer, à la place de ''la colonisation des terres congolaises'', une intégration sous-régionale (et panafricaine) respectueuse des frontières hérités de Berlin ainsi qu'un ''éthique reconstructive'' accompagnée d'une justice transitionnelle.


A Kinshasa comme dans plusieurs autres villes du pays, ''certaines questions dites d'actualité'' au sujet des élections-pièges-à-cons prennent presque toute la place dans ''le débat public''. Les anciennes questions actualisées ont tendance à en être écartées. Ceux qui ont orchestré ''le complot international'' en toute impunité (re)deviennent des ''partenaires'' pouvant aider les copains et les coquins ayant joué le rôle de sous-fifres pendant plus de deux décennies à ''interchanger '' pour ''une alternance à la sous-traitance'' préjudiciable à toutes les victimes du ''génocide congolais''.
Beni vient nous rappeler à l'ordre. Il nous dit : ''Tshikuipate ki ntshiye, tshidi tshiase musumba dishiya'' (Ce qui te pourchasse, (toi congolais), n'est pas parti. Cela s'est installé sur l'autre rive!)


Tel est le contexte où relire le livre publié sous la direction de Kankwanda Mbaya et de Mukoka Nsenda, revoir la vidéo sur ''le conflit au Congo. La vérité dévoilé'', reprendre l'interview de Bénédicte Kumbi et une très grande documentation produite par les Congolais(es) sur la guerre raciste et de prédation faite au pays de Lumumba pourraient élever le niveau de certains débats actuels. Ils donnent l'impression d'être enfermés dans ''l'instant présent'' et d'éviter de nommer les initiateurs du ''complot de balkanisation et d'implosion''' du Congo-Kinshasa, de les identifier dans la perpétuation de cette guerre de basse intensité ; de faire comme s'ils avaient perdu de leur ''nocivité''. Enfermés dans le présentisme, ces débats portent les marques du larbinisme et du syndrome de Stockholm. Ils s'appauvrissent et pourraient contribuer à l'abrutissement d'une certaine frange des compatriotes.

Babanya Kabudi
Génération Lumumba 1961