Politique
mercredi juillet 24, 2019
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Pourriez-vous vous  présenter brièvement à nos lecteurs ?

Rép. : Je m’appelle Clément Tshamala Mulenda. Docteur vétérinaire. En effet, après mes études primaires et secondaires, j’ai fait un an à l’Institut des Mines de Bukavu qui a dû être transféré, l’année suivante, à Lubumbashi pour son intégration à la faculté polytechnique. Compte tenu des difficultés  liées à cette intégration, beaucoup d’étudiants avaient décidé de changer d’orientation car l’attente de la décision devenait longue. C’est ainsi que je me suis fait inscrire en première année à la faculté de médecine vétérinaire. Après les six années d’études, j’ai eu mon diplôme de docteur en médecine vétérinaire en 1978. Je suis resté dans la même faculté pour y travailler comme assistant en chirurgie ensuite comme chef des travaux. De 1983 à 1985, j’ai obtenu une bourse de la coopération allemande qui m’a permis de faire une spécialisation en chirurgie des bovins à la faculté de médecine vétérinaire de Hanovre. De retour au pays, j’ai eu une autre proposition de bourse en 1988, cette fois-ci de la coopération belge. C’est avec cette bourse que je suis venu à l’université de Gand où j’ai préparé et défendu ma thèse de doctorat en chirurgie des petits animaux (chien et chat) en 1995.

 

 

En quoi consiste exactement votre travail à l’université de Gand ?

 

Rép .: Suite à mes travaux, j’ai eu deux propositions de travail au sein de la même faculté. J’avais deux choix, soit dans le domaine de la chirurgie orthopédique, domaine de recherche de ma thèse, soit continuer le développement d’un jeune service que nous avons mis en chantier moi et un collègue belge, le service de neurologie et neurochirurgie. C’est dans ce dernier service que je travaille et je suis responsable de la neurochirurgie. Je suis  membre du personnel académique et scientifique.

 

Est-il facile pour une personne dite «  d’origine  étrangère »  d’avoir une carrière professionnelle aboutie dans le monde universitaire belge ?

 

 

Rép. : C’est possible, mais pas facile. Car, malgré tout ce qu’on peut être, quelqu’un, par son comportement à votre égard, vous rappellera toujours que vous n’êtes pas à la place qu’il faut, surtout dans ce milieu où la promotion à un haut niveau est garantie pour la vie, vous pouvez vous imaginer la lutte d’autant plus qu’il n’ y a pas plus d’un siège. Néanmoins, le travail que vous faites est apprécié à sa juste valeur.

 

Vous êtes également président d’une association locale des congolais de Gand, pourriez-vous nous en dire un mot ?

 

Rép. : L’Association des congolais de Gand a vu le jour suite à un malheur qui avait frappé notre communauté. En effet, alors qu’on n’était pas nombreux, nous avons perdu un frère qui vivait seul avec sa fille de 13 ans. Notre frère soufrait de son cancer en silence. On le voyait, on savait qu’il était malade, mais pas au point d’apprendre un matin qu’il venait de mourir dans sa maison, en présence de sa fille. Rassemblés au lieu du deuil, personne ne savait que faire. En plus de nous-mêmes de Gand, les gens de loin, surtout membre de sa famille, commençaient à arriver. C’est là que nous avons compris qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, car il n’ y avait rien dans la maison à offrir à tout ce monde. Il fallait vite s’organiser pour gérer cette situation qui devenait de plus en plus grave. Dieu merci, tous les congolais se sont mis debout et la situation a été maîtrisée. Le deuil a été géré jusqu’au bout à l’honneur des tous. C’est là que l’idée est venu de nous organiser en association en vue d’éviter ce genre de surprise dans l’avenir. Nous existons depuis bientôt plus près de 15 ans.

 

Trouvez-vous dans la diaspora congolaise une véritable volonté de vouloir peser dans le devenir du Congo ?

 

Rép. : La volonté existe, mais elle ne s’exprime que verbalement. Il n’y a aucune action véritable qui puisse le démontrer sur le terrain. Quelques personnes se sont organisées en association en vue de faire leurs la volonté et les préoccupations de la diaspora vis-à-vis de leur patrie. Mais,  combien de temps a- t-il fallu pour qu’on entende parler de la corruption, avérée ou fausse, de la part du pouvoir ? C’est –là que se trouve le problème, non seulement de la diaspora, mais de l’intellectuel congolais en général.

 

Quel regard  vous inspire actuellement  le Congo ? avez-vous l’impression que le pays va dans la bonne direction ?

 

Rép. :  Je suis congolais et j’ai une très grande famille au Congo. A entendre tout ce que les voyageurs nous rapportent, et ce que nos familles nous disent au téléphone sur leur vie sur place, dire que le Congo est sur la bonne voie serait mépriser son peuple et faire l’apologie de l’absurde. La preuve est que je n’ai jamais entendu un ministre, un député ou un sénateur dire que le Congo marche. C’est plutôt eux qui disent qu’ »on est sur la bonne voie » et ce depuis toujours et sans fin. Que de promesses, toujours non tenues. Donc, ce n’est pas à moi de dire ce qui n’existe pas. Le Congo va mal.

 

Sur le plan politique et au delà des clivages politiques, croyez-vous encore en l’émergence d’un leadership fort qui pourra tirer le pays par le haut ?

 

RéP. : J’espère comme tous les congolais qu’il en ait un. Contrairement à la période 60-65, il est très difficile pour un homme politique de l’après mobutisme de rallier le plus grand nombre des citoyens à ses idées. Il se contentera de quelques personnes par province pour faire valoir la qualité de mouvement ou parti national, tellement que le mobutisme a désorganisé, si pas détruit, la Nation congolaise. Le pouvoir de Mobutu était connu comme celui des …., tellement que ses frères pouvaient tout avoir au détriment du grand nombre. L’après Mobutu n’a rien arrangé. Le pouvoir est des …. et des……, vous autres, attendez votre tour. Sur base de ce fait indéniable, j’ai pris l’habitude de comparer « la nation congolaise » à un enclos où vivent chevaux, vaches, moutons , chiens, volaille…. Etc, sans qu’une espèce se préoccupe des besoins des autres. Si c’est le coq qui  est le maître de l’enclos, et bien il n’amène que les graines afin que lui et ceux qui lui ressemblent seuls aient droit au repas. Les autres doivent attendre leur tour pour pouvoir brouter l’herbe. Avec cette logique, comment  pourra-t-on avoir un leadership fort ? Nous devons prendre conscience du danger qui est derrière cette logique et reconstruire au plus vite la nation. Ce qui est possible par l’éducation à la base en réinstaurant  le cours de l’éducation civique.

 

Que répondez-vous à ceux qui accusent l’élite  intellectuelle congolaise de porter une grande responsabilité dans la débâcle du pays après 50 ans  d’indépendance ?

 

Rép. : Cette question me ramène à la question précédente. Le leadership fort. Quel est cet homme ou cette femme à travers le monde qui a changé  le cour des choses sans qu’il y ait adhésion d’ une grande masse à ses idées ? Il faut s’assurer de ce soutien populaire, en l’absence d’institutions démocratiques,  pour pouvoir poser des actes forts, surtout dans nos pays du tiers monde où aucun droit n’est respecté par les autorités. Pour moi, la responsabilité dans la débâcle du pays incombe à tout le peuple qui est incapable aujourd’hui de voir où se trouvent ses intérêts et que faire pour en bénéficier. Quelques intellectuels ont pris leur courage dans certains dossiers brûlants pour dire ce qui, pour eux , allait dans les sens de la volonté du peuple. Ils ont payé, bien que de façon différentes selon la force derrière eux, leur … rébellion. Qu’est ce que la grande masse a fait ? Rien, ils sont passés aux oubliettes. Ce que je reproche aux intellectuels congolais c’est d’éparpiller leur force, alors que le pays est très malade, et de chercher à s’appuyer sur des forces étrangères, celles-là même qui ne nous veulent pas du bien, pour accéder au pouvoir, perpétuant ainsi la logique qui veut que le pouvoir au Congo se donne à l’étranger.

 

Pensez-vous un jour  pouvoir retourner au Congo pour faire profiter de votre expérience à vos compatriotes ? notamment de l’université de Lubumbashi  où vous avez été naguère  assistant ?

 

Rép. : Oui, je ne pense pas m’éterniser ici. Si mon emploi de temps me le permettait, je serais entrain de donner des cours au Congo aujourd’hui. A part mon université d’origine qui est Lubumbashi, j’ai eu, il y a quelques années la demande de Butembo. Malheureusement, je n’ai pas pu répondre positivement à cause de la raison sus avancée.

 

Quel  est votre mot de la fin ?

 

Rép. : C’est d’abord de vous remercier pour l’intérêt que vous portez à ma modeste personne et de demander à tous ceux des congolais qui le peuvent d’œuvrer pour la réhabilitation de la nation congolaise, faute de quoi le pays court vers sa perdition. C’est ce que nous essayons de faire au niveau de notre association, mais, je peux vous dire, avec beaucoup de difficultés.

 

Propos recueillis par Etienne Ngandu