Politique
dimanche juillet 15, 2018
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Dans la conclusion de  son discours du  mardi 24 avril 1990, Mobutu disait ceci à ses chers compatriotes : « Une page nouvelle de notre pays vient de s'ouvrir et je me permets de nourrir de grandes espérances sur l'avenir de nos institutions, prémices de tout progrès. » Et le samedi 24 avril 2010, 20 ans après ce discours, une marche d’un groupe de partis de l’opposition est dispersée.

Selon la Radio Okapi, « une centaine de policiers ont dispersé (…) sur le  boulevard triomphal à Kinshasa, les partisans des  partis politiques ECIDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement) et UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) ainsi que ceux de l’Union pour la nation (UN). Ces militants voulaient commémorer le 20e anniversaire du lancement officiel du multipartisme et de la démocratie en RDC par feu maréchal Mobutu. Certains cadres et partisans de ces partis ont été interpellés. Parmi les cadres interpellés figuraient le député provincial de Kinshasa Martin Fayulu d’ECIDé  et Albert Moleka, cadre de l’UDPS. Les partis organisateurs s’étonnent de l’annulation brusque de cette manifestation, alors que l’autorité urbaine était informée depuis le 13 avril. »

La date du 24/04/1990 est venue s’ajouter à de nombreux autres  rendez-vous manqués de notre histoire politique, ces événements   à propos desquels le peuple congolais a  nourri tant d’espoirs mais qui  - à l’instar du 30/06/1960 par exemple – n’ont  accouché que d’une souris, laissant  à beaucoup un gout d’inachevé et suscitant à la fois  frustration et déception. Ce jour-là, comme le MPR venait de tomber de son piédestal sous la sécousse de la perestroika dont l’onde de choc venait de se faire sentir jusqu’aux bords du fleuve Congo, l’inimaginable s’est produit avec la proclamation du multipartisme. Enfin, soupirait-on, cette compétition politique donnera aux acteurs politiques de rivaliser d’imagination au sein de leurs formations politiques respectives afin de conduire ce grand pays vers le progrès auquel il aspire ; enfin,  une nouvelle classe politique insufflera du sang neuf au jeu politique et corrigera les travers du MPR en sortant des sentiers battus. Enfin, se permettait-on de rêver, l’alternance est envisageable à terme.  Vingt ans après, toutes ces aspirations  légitimes sont restées vœux pieux. Alors que l’on s’attendait à ce que de même qu’il y ait un gouvernement qui gouverne (quoique mal) il y ait pareillement une opposition qui s’oppose en se posant en vigile et en alternative crédible, on a beau chercher une telle opposition mais elle fait cruellement défaut, pointée plutôt aux abonnés absents.

 

Plus de trois ans après « l’élection » de Joseph KABILA à la tête de la RDC et près d’un an avant les élections présidentielles, le bilan de l’action gouvernementale est illisible.

Que sont devenus les cinq chantiers promis par le candidat KABILA après son élection ? Lesquels ont été ouverts ? Comment les choix politiques ont-ils impacté la vie des congolais ? Où en est-on du système démocratique que les élections de 2006 étaient sensées instaurer ?

Depuis « la guerre de libération de l’AFDL », le sang des filles et des fils de notre peuple coule chez nous. Le viol et le vol sont devenus des véritables armes de guerre. Nos populations, dans leur immense majorité, aspirent à la paix. Celle-ci tarde à s’établir sur toute l’étendue de notre territoire. Pourquoi ? Pourquoi après les élections dites libres, transparentes et démocratiques de 2006, le sang coule-t-il encore chez nous ? Pourquoi, plusieurs compatriotes reprennent-ils les armes contre leurs frères et sœurs  et contre le pouvoir de Kinshasa ? Pourquoi n’attendent-ils pas 2011 pour qu’ils accèdent démocratiquement au pouvoir afin qu’ils réussissent à se faire entendre au sein des institutions légales et légitimes ? Sont-ils tous « des terroristes » et des bandits de grand chemin dont parle le pouvoir de Kinshasa ?