Politique
mercredi octobre 27, 2021
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S'il y a une étiquette qui restera longtemps collée à Martin Fayulu Madidi, ça sera celle de « Président élu ». Celle-ci l’accompagne désormais partout et il est à se demander si elle ne figure pas sur ses cartes de visite. Derrière l'étiquette, il y a bien sûr l'homme politique. Il affiche son caractère : celui d'un politicien constant, selon un certain profil. Il est un vrai battant. Soldat du peuple d'abord, puis, Commandant suprême de ce même peuple qui l’aurait élu en 2019 avec 62,11 % et qui continue encore à lui vouer entièrement confiance, selon ses propres dires.

Une position intransigeante

À travers ses prises de parole sur les ondes de Top Congo diffusées le vendredi 8 juillet 21, il a fait valoir sa ligne politique et sa vision de gouvernance de la chose publique. Toutefois, plus on va de l'avant, c'est-à-dire, plus on s'éloigne dans le temps des élections passées de 2019 et plus on s'approche, jour après jour, des élections à venir de 2023, sa position et son obstination à toujours se prévaloir de l'étiquette évoquée ci-dessus, deviennent difficiles à comprendre. On peut en dire autant de sa décision de contester la loi récente promulguée le 3 juillet dernier sur la CENI. Vouloir retarder sa réforme et la mise en place de ses animateurs risquerait de repousser dans le temps l’organisation des élections politiques prochaines. Fayulu critique la politisation de la CENI et prospecte, dans cette optique, d’éventuelles tricheries. Dans son ego « surdimensionné », il se voit déjà élu aux prochaines élections, comptant sur le peuple congolais qui serait complètement acquis à sa cause. Il reste à savoir si le scénario auquel on s’achemine va rencontrer ses attentes. Dans l'entretemps, ses prises de position actuelles et son opposition ouverte à tout ce qu'entreprend le président Felix et son gouvernement le rapproche davantage du FCC qu'il ne l’en éloigne.

Un univers flou

En tant que « Président élu », ne gouvernant pas, il ne peut présenter un bilan de ses actions. À la limite, il peut, comme il le fait actuellement, dire ce qu’il aurait fait s’il avait exercé le pouvoir. C'est ici où son univers semble flou. L'on ne sait pas avec exactitude le rôle qu’il est en train de jouer. Il se clame résistant plutôt qu’opposant du régime actuel incarné par Felix Tshisekedi. Dans la pratique, il lui est difficile de jongler entre sa qualité de « Président élu » qui canaliserait les espoirs de tout un peuple et la figure de résistant au régime en place qui n'apporte pas des solutions pour répondre aux attentes des gens. Tout ceci pour dire qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour revendiquer une victoire électorale volée, selon sa version et un temps pour se plonger dans la réalité des faits. Un moment pour saisir la dynamique des choses et un moment pour agir en conséquence. Il devrait aussi comprendre que sa proposition de sortie de crise est désormais dépassée par l’évolution de la situation sur le terrain. Son obstination à continuer à endosser la double casquette de « Président élu » et d’opposant, doublé de résistant, apparaît plus comme un fonds de commerce, encore faut-il voir si cela va vraiment lui être profitable le moment venu. L’éclatement de Lamuka et les ambitions d’autres candidats potentiels ne joueraient pas nécessairement en sa faveur.

Quid du tribalisme ?

Dans l’interview précitée où il a eu suffisamment d’espace pour exprimer sa pensée politique, il s’en est pris violemment au  tribalisme, indexant, sans ambages, le régime de Fatshi. Sans entrer dans le mérite de son opinion, il serait temps, s’il n’en a pas conscience, qu’il sache qu’en ne concédant pas la victoire, il a contribué, selon notre point de vue, à renforcer largement le clivage ethnique entre ses partisans et ceux de Tshisekedi. Il a aussi contribué au dénigrement des institutions publiques à travers le flot d’insultes que ses partisans déversent sur le Président de la République. Et puis, en se montrant hautain et opposé systématiquement à tout ce que fait le Président en fonction, il n’entretient pas l’esprit démocratique où l’on doit certes, critiquer, virulemment s’il le faut, mais où il y a tout de même, de temps à autres, un espace pour appuyer certaines actions gouvernementales. En l’écoutant, il n’y a que ses propositions qui sont bonnes et tout ce que font les autres n’est que de la foutaise, terme qu’il a par ailleurs utilisé pour fustiger, par exemple, l’État de siège.

Fayulu, homme providentiel ?

Devant l'histoire, Fayulu sera-t-il considéré comme celui qui s’est enfermé dans son rôle de victime des élections perdues en 2019 et probablement de celles à venir ? Avant cela, la guerre est déjà engagée pour éviter un glissement hypothétique. Dans l’entre temps, le gouvernement qui est à l’œuvre sera jugé en fonction des résultats probants de ses actions. Et Fayulu, sur quel fondement politique et avec quelle coalition politique va-t-il convaincre le peuple congolais qu’il est l’homme providentiel susceptible de redresser en ultime ressort leur sort et par de-là, celui du Grand Congo ?

Mwamba Tshibangu